Lente mutation du système bancaire

Elles ne sont pas nombreuses les entreprises qui demandent aux banques d’entrer
dans leur tour de table. Outre le développement de leurs fonctions de conseillers
dans les opérations de rapprochement d’entreprises, les banquiers
devraient repenser leur stratégie en direction de ces dernières.

La réforme financière a-t-elle tenu toutes ses promesses? Par-dessus tout, l’objectif recherché était de mieux impliquer le système bancaire dans le financement de l’économie. Rappelez-vous, la banque faisait l’objet de critiques pour ses marges élevées, son aversion au risque, son absence d’innovation, ses pratiques non concurrentielles. L’enjeu était de consolider les assises des institutions de crédit, de les inciter à réviser leur comportement. Deux catalyseurs ont contribué indubitablement à rendre l’activité des banques plus sensible à l’environnement. D’un côté l’assouplissement important des contraintes réglementaires : libéralisation des taux, allégement des emplois obligatoires. De l’autre, l’émergence de nouveaux comportements de la clientèle : déplacement des comptes, comparaison des offres, négociation des contrats.
Le système est en train de connaître le bouleversement le plus important de son histoire. Une sorte de transition douce vers un nouveau paysage. Mais ce n’est pas encore la fin de ce «vieux monde bancaire», si figé, si compartimenté depuis plus de trente ans. Dans leurs rapports à l’entreprise, l’approche des banques reste trop attachée à l’examen attentif des bilans et des perspectives sectorielles correspondantes. Elles ont peu développé les outils sophistiqués pour évaluer la probabilité de défaillance des emprunteurs. D’où la montée des risques. Mais le risque bancaire est aussi généré, ou du moins aggravé, par un comportement peu moral des emprunteurs. On entend par là les situations dans lesquelles l’emprunteur entreprend des actions après signature du contrat, sans que les modulations du projet soient observables par le créancier. Dans certains cas, l’entreprise détourne à son profit une part des résultats du projet. La situation de surendettement de quelques entreprises marocaines s’explique en partie par ces pratiques.
De l’observation des relations entre les banques et les entreprises ne se dégage pas un changement en profondeur dans la pratique bancaire. Ainsi, l’effort consenti pour le développement du capital-risque en est encore à ses débuts. Il est vrai qu’il représente des particularités qui tranchent avec le mode de financement classique: participation aux pertes et aux profits, la garantie réside dans la qualité du projet, le remboursement des fonds intervient lors de la cession ultérieure des capitaux par la réalisation d’une plus-value. D’autre part, les autres métiers de la banque sont encore loin de faire des percées. Il s’agit du métier du rapprochement d’entreprises pour des établissements qui recherchent des opportunités de croissance externe et de diversification, que ce soit à travers des alliances, des associations, des joint-ventures ou des opérations de fusions et absorptions. Pourtant, le besoin existe quand on songe à la nécessaire restructuration du système productif. Peut-être que le besoin de faire appel à la banque pour ces opérations ne s’exprime pas encore suffisamment. Mais dans ses rapports à sa clientèle, la banque a aussi un rôle actif à jouer.
Il s’agit également du métier de conseil et d’assistance qui reste encore cantonné dans les domaines des procédures administratives, fiscales, douanières et de montage de financement. Le conseil dans une économie ouverte doit aussi concerner la stratégie de l’entreprise cliente. Or, dans ce domaine, beaucoup reste à faire. On n’assiste pas non plus à un accroissement de l’offre et de la demande pour des services «pointus» de gestion active de l’actif et du passif, fondés sur une gamme plus large de produits, dont les options et les instruments à terme. En somme, les relations entre banquiers et dirigeants d’entreprise ne changent pas fondamentalement. Elles restent focalisées sur les conditions d’accès au crédit. Peut-être parce que les entreprises ne viennent frapper à la porte des banques que pour demander ce service primaire. Elles ne sont pas nombreuses, celles qui demandent aux banques d’entrer dans leur tour de table. Outre le développement de leurs fonctions de conseillers dans les opérations de rapprochement d’entreprises, les banquiers devraient repenser leur stratégie en direction de ces dernières