L’endettement des ménages : des risques en perspective ?

Le taux de recours au crédit varie fortement avec la taille du ménage : une personne seule sur quatre, plus des trois quarts des ménages composés de cinq personnes. L’endettement est maximal entre
30 et 40 ans, plus de sept familles
sur dix de cette tranche d’à¢ge
sont endettées.

Les ménages marocains sont-ils endettés ou surendettés? A partir de quelques données sur le crédit à  la consommation on aurait tendance à  conclure que leur endettement est insignifiant. Pourtant, il faut savoir distinguer l’endetté prospère de l’endetté précaire. Comme il faudrait savoir mesurer le surendettement à  travers un ensemble d’indicateurs à  construire. Certes, le crédit à  la consommation n’occupe encore qu’une place très modeste dans l’ensemble des crédits distribués par le système bancaire (5 à  6%). Sa progression est toutefois substantielle : entre 20 et 30% par an. Une augmentation largement supérieure à  celle des revenus. Les banques ont trouvé dans ce segment un espace juteux pour l’emploi de leurs liquidités. Socialement, le crédit à  la consommation n’occupe toujours qu’une place limitée dans la couverture des dépenses des ménages (8 à  10%). Un niveau très modeste en comparaison avec les normes européennes. La différence est imputable à  l’évolution sociale mais aussi à  l’organisation des services financiers et à  des facteurs d’ordre culturel.

Mais, derrière ces données globales se cachent des réalités autrement plus complexes. Le recours à  l’emprunt est en fait une pratique courante des ménages marocains. Près d’un ménage urbain sur trois et un ménage sur deux en milieu rural recourent à  l’emprunt à  usage domestique. Dans ce recours, les circuits bancaires et des organismes de crédit occupent une place peu significative. Les réseaux traditionnels, famille et commerçants notamment, restent prédominants. On apprécie la santé financière des ménages en comparant leur endettement total à  leur revenu. Mais de quel type d’endettement parle-t-on ? Généralement, du crédit à  la consommation. Or, il est un indicateur partiel de l’endettement des ménages. On aboutirait à  des appréciations plus proches de la réalité si l’on incluait dans l’endettement les crédits autres que les ventes à  tempérament : avances à  très court terme, découverts en compte, crédits- relais. On devrait ne pas exclure non plus de cette évaluation les prêts hypothécaires, même s’ils sont assortis d’échéances lointaines. Il faut aussi admettre que les revenus ne constituent pas la seule source à  partir de laquelle les ménages peuvent procéder à  des remboursements. D’o๠l’intérêt de se pencher sur le poids de l’endettement par rapport aux actifs.

Il y a deux ou trois ans, la question des fonctionnaires endettés avait suscité une grande controverse sur les menaces qu’elle faisait peser sur les institutions de financement du crédit à  la consommation. Au-delà  du cas spécifique de cette catégorie de population endettée, une meilleure connaissance de la population «surendettée» est nécessaire pour apprécier les risques pesant à  la fois sur les ménages et sur ces institutions. Le taux de recours au crédit varie fortement avec la taille du ménage : une personne seule sur quatre, plus des trois quarts des ménages composés de cinq personnes. L’endettement est maximal entre 30 et 40 ans, plus de sept familles sur dix de cette tranche d’âge sont endettées. Si les cadres supérieurs, les professions libérales, les cadres moyens sont les catégories sociales les plus endettées, on rencontre également des niveaux d’endettement assez élevés chez les employés et les ouvriers.

Le «surendettement», certes marginal au plan macro-économique, peut être grave au plan social. Il exige la détermination du «seuil de l’excès» au-delà  duquel le recours au crédit serait inévitablement nocif. Aussi faut-il renforcer l’information des emprunteurs avec une introduction de dispositions sur la lisibilité et la loyauté des contrats. Par ailleurs, la réalisation d’enquêtes sur les consommateurs améliorerait la connaissance de l’état et des facteurs de surendettement des ménages. D’autre part, le renforcement du cadre juridique de la protection du consommateur par la réglementation de l’usure et de la publicité en matière de crédit à  la consommation, facilitera le suivi du jeu concurrentiel.

Dans le monde d’aujourd’hui, l’appréciation de la qualité de la signature du consommateur est devenue l’objet d’intérêt au même titre que, auparavant, la qualité de la signature de certains Etats souverains (risque-pays), des entreprises ou des banques.