L’efficacité de la gestion

Comment maintenir la cohérence de l’action publique dans une situation caractérisée par un emboîtement des sphères du pouvoir
et par une instabilité des périmètres de responsabilité ?
Gros défi pour le nouveau gouvernement.

Un gouvernement ajusté vient d’être constitué. Au nom d’une plus grande efficacité de l’action publique. On peut convenir sans mal que l’efficacité ne se réduit pas à une question de taille optimale du gouvernement. Pour maximiser ses performances économiques et assurer la cohésion sociale, un gouvernement est tenu de rechercher un meilleur rapport coût-efficacité dans l’allocation et la gestion des ressources publiques. Il est aussi tenu de déployer et redéployer des ressources de façon plus rapide et plus souple. Ne dit-on pas, pour ce qui nous concerne, que la ressource est rare mais qu’elle est insuffisamment exploitée ? Les changements démographiques ainsi que l’évolution économique et sociale ont pour effet d’élargir la gamme de services que la collectivité attend de l’Etat, tandis que parallèlement le citoyen exige d’avoir plus largement sa voix au chapitre dans les choix et les actions du gouvernement. L’ampleur et la lourdeur des réglementations gouvernementales qui affectent les structures des coûts et, du même coup, la productivité de l’action publique, nuisent à la souplesse indispensable pour conduire le changement.
C’est pour cette raison que le défi fondamental de la gestion publique est celui de l’amélioration du cadre institutionnel de la décision publique. Mettre en place un cadre approprié pour l’activité des secteurs tant public que privé dans une situation caractérisée par des incertitudes considérables et une mutation de plus en plus rapide représente un défi majeur. Mais cela ne suffit pas. Bien gouverner est encore plus essentiel pour répondre de manière adéquate aux défis de la société. Cela s’impose pour vaincre la morosité ambiante et regagner la confiance du citoyen. Si l’on veut que l’Etat demeure réceptif aux besoins de ceux qu’il sert, le gouvernement doit revoir l’efficacité, par rapport à leurs coûts, des institutions du secteur public, de leurs programmes et de leurs activités de réglementation. Le gouvernement doit s’employer à mieux faire en utilisant moins de ressources et, surtout, en agissant différemment. Des actions classiques du genre «un peu plus de la même chose» ne conviennent plus dans un environnement plus complexe. Dans cette perspective, la nouvelle équipe sera confrontée à trois grandes questions.
Comment maintenir la cohérence de l’action publique dans une situation caractérisée par un emboîtement des sphères du pouvoir et par une instabilité des périmètres de responsabilité et des tensions entre lieux de décision. La recherche de l’efficacité commence par le développement à l’échelle de la primature d’une capacité stratégique de pilotage des réformes. Pour faire en sorte que le programme d’action soit conçu de manière à responsabiliser les acteurs du programme.
Comment faire en sorte que se consolide, au sein des départements ministériels, une capacité de mettre en œuvre les réformes ? Le gouvernement ne peut prescrire en détail comment les gestionnaires opérationnels devraient agir. Ces gestionnaires conservent un rôle majeur dans la réussite de l’action publique. Cela exige d’introduire un suivi attentif et une évaluation progressive du programme d’action pour garder le soutien et ajuster le processus. Suivi et évaluation sont indispensables à l’amélioration des performances.
Comment faire en sorte que les réformes jouissent d’un appui politique soutenu et visible, de façon à faire adhérer les populations au mouvement de réforme et à surmonter la résistance au changement ? Pour réussir, un programme doit être appuyé aux échelons les plus élevés. Mais cet appui risque de ne pas porter ses fruits si le citoyen ne voit pas clairement se dessiner une amélioration de ses conditions de vie. Sinon les réformes ne sont qu’un acte de foi et risquent de susciter l’indifférence de la population.
Les obstacles à l’amélioration du rapport coût-efficacité de l’action publique en disparaîtront du jour au lendemain. Aussi, l’effort de la nouvelle équipe gouvernementale doit-il s’intégrer dans un cadre où la capacité centrale de gouverner est renforcée, où les formes démocratiques de responsabilité sont partagées et où les valeurs de l’intégrité et de l’équité se combinent avec les valeurs d’efficacité et de qualité de l’action publique