Le statut avancé : du sens et de la substance

Quel est l’intérêt du statut avancé ? Que peuvent y gagner
les deux partenaires ? La réponse est simple : stabilité, sécurité
et prospérité partagées. La région est devenue un foyer de crises.
L’Europe ne peut résoudre seule les sources de déstabilisation : immigration, trafic de drogue, blanchiment, terrorisme…

Belle opération diplomatique que cette rencontre, tenue à Barcelone, sur le Statut avancé du Maroc dans l’association avec l’Union européenne. Organisée par l’Institut d’études méditerranéennes de la capitale catalane, elle a réuni le gotha de l’Exécutif marocain, des personnalités de la société civile et du monde des affaires. En face, les représentants à un haut niveau des diplomaties allemande, espagnole, française et portugaise et des institutions européennes. L’objet de la rencontre : donner du sens et de la substance à une offre marocaine pour un Partenariat stratégique renforcé. Oui, une offre marocaine ! Certes, quand l’Europe négociait des tournants dans sa politique de partenariat, le Maroc agissait toujours comme force de proposition. Mais, sur le long itinéraire des relations euro-marocaines, on était davantage habitué à une diplomatie réactive que pro-active. Aujourd’hui, c’est le Maroc qui interpelle l’Europe, sur ses choix, ses perspectives, ses engagements. Voisins ? Nous le sommes depuis que la géographie a configuré physiquement cet espace qui nous ancre l’un à l’autre. Amis ? Nous le sommes par notre histoire, notre patrimoine commun. Réaffirmer ces deux socles des relations ne dispense pas de s’interroger sur l’avenir. Un avenir brouillé par le tropisme du regard est-européen, l’asymétrie des relations financières, la frilosité dans la mise en œuvre des quatre grandes libertés annoncées que sont l’échange de biens et celui de services, le mouvement de capitaux et la libre circulation des personnes.

Singulières, les relations du Maroc avec l’UE l’ont toujours été. Comment les entretenir ? Le Maroc a adopté et mis en œuvre un plan d’action. Pourquoi plaider donc en faveur d’un Statut avancé ? C’est que le cadre actuel ne suffit plus à l’ambition du Maroc. La proposition marocaine part de la volonté politique de consolider les acquis, d’ouvrir des perspectives. Son référentiel, ce sont les expériences les mieux réussies de l’espace économique européen et des phases de la pré-adhésion des pays candidats. Ses principes fondateurs : tendre vers une convergence réelle, institutionnelle avec l’Union européenne ; agir dans la coresponsabilité et la codécision pour un partenariat multidimensionnel. Le Statut avancé est donc une approche dynamique, mais qui fixe des repères dans la progressivité des relations entre les deux partenaires. Il n’a pas comme point de départ ni comme promesse une demande d’adhésion, mais il n’exclut pas non plus une adhésion éventuelle à long terme. Entre un non actuel et un oui d’un futur encore assez éloigné, il reste un vaste spectre d’action permettant de créer une dynamique vertueuse, un scénario win-win, dans lequel chacun des partenaires serait gagnant.

Quel est l’intérêt d’une telle proposition ? Que peuvent y gagner les deux partenaires ? La réponse est simple : stabilité, sécurité et prospérité partagées. La région est devenue un foyer de crises. L’Europe ne peut résoudre seule les sources de déstabilisation : immigration clandestine, trafic de drogue, blanchiment d’argent, terrorisme. La pierre angulaire de cette perspective est l’ancrage d’une alliance stratégique, condition de succès des deux autres volets. Le Maroc réaffirme sa position d’acteur des relations euro-méditerranéennes et de médiateur dans les relations de voisinage élargi avec l’Afrique subsaharienne. S’il est d’abord l’expression d’une volonté politique, le Statut avancé présente aussi une dimension économique et financière d’égale ambition. Ce qui signifie : faciliter l’accès des biens et services au marché européen, négocier au mieux le transfert de l’acquis communautaire, harmoniser les politiques communes (concurrence, fiscalité, monnaie), intégrer le Maroc dans les programmes, réseaux et agences communautaires. Enfin, les dimensions culturelle, sociale et humaine sont aussi fortement réaffirmées pour faire en sorte que la frontière ne fasse pas obstacle aux échanges culturels et humains. Vaste programme qui appelle une implication plus forte d’acteurs jusqu’ici insuffisamment intégrés dans la conception et la concertation sur le contour de ce projet : la société civile, l’institution parlementaire, le secteur privé et les collectivités territoriales. D’un concept flou, le Statut avancé acquiert un contenu programmatique. D’une perspective lointaine il s’inscrit dans une vision plus rapprochée. En somme, il prend de la lisibilité et de la visibilité. Il reste à le transformer en un plan d’action renforcé.