Le renouveau de la politique industrielle

A l’heure de la mondialisation libérale, une idée reçue doit être dénoncée concernant la politique industrielle : c’est qu’elle ne serait plus nécessaire. Nécessaire,
la politique industrielle l’est plus
que jamais.

Deux phénomènes majeurs ont eu, ces dernières années, des conséquences radicales sur la conception et la pratique de la politique industrielle nationale : la déprotection d’une part et le rôle accru de l’avantage comparatif, d’autre part. L’interventionnisme des années soixante correspondait à cette volonté de doter le Maroc d’un système industriel ancré sur le marché intérieur. Il a rempli cette mission tout en générant des effets pervers. Ses dispositifs ne sont plus en adéquation avec les enjeux actuels du développement industriel. L’ouverture de l’économie nationale comme la stratégie d’internationalisation des entreprises qui la composent placent la compétitivité au rang d’objectif central. Ce changement de paradigme a modifié le contenu de la politique industrielle. Toutefois, si la reconnaissance du rôle fondamental de l’entreprise et du processus concurrentiel implique une atténuation du poids de l’interventionnisme industriel, il est tout aussi reconnu que le rôle de la puissance publique dans l’émergence des avantages comparatifs est fondamental.
Désormais, le couple spécialisation/compétitivité se situe au cœur de la politique industrielle. Tous les pays, grands et petits, s’interrogent sur les nouvelles conditions du succès industriel. Le débat est intense dans les pays qui cherchent à préserver des positions acquises sur le marché mondial. Il ne l’est pas moins dans les pays qui postulent à pénétrer les arcanes de ce marché. Les notions de «spécialisation» et de «compétitivité» restent, toutefois, imprécises. La théorie économique n’a jamais donné une explication convaincante de l’influence qu’exercent les ressources naturelles et les facteurs de production sur la spécialisation d’une nation. Les thèses traditionnelles sur les déterminants de l’avantage comparatif ont été remises en cause par les pratiques concurrentielles et les changements intervenus sur la scène de la compétition internationale. Les avantages comparatifs d’un pays ne sont pas figés dans le temps. Ils évoluent en fonction des politiques macro-économiques et des capacités de l’entreprise à générer des opportunités.
Pour certains, la compétitivité nationale relève d’un phénomène macro-économique, régi par des variables telles que les taux de change, les taux d’intérêt et les déficits budgétaires de l’Etat. Pour d’autres, au contraire, la compétitivité dépend d’une main-d’oeuvre abondante et bon marché. Pour d’autres, encore, la compétitivité dépendrait du potentiel de ressources naturelles que possède un pays. Ensuite, beaucoup affirment que la compétitivité subit l’influence de la politique menée par l’Etat. Enfin, certains attribuent les écarts de compétitivité nationale aux différences existant dans les pratiques de relations socioprofessionnelles. De toute évidence, aucune de ces explications n’est pleinement satisfaisante. La compétitivité est en fait un complexe de facteurs.
Derrière cette appréciation se profilent une interrogation fondamentale et des séries de questions dérivées que se posent les décideurs des politiques industrielles, auxquelles le Maroc n’échappe pas : comment construire les fondements d’une croissance industrielle durable ? Autrement dit comment se créer un avantage concurrentiel dans quelques activités particulières ? Quelles sont les caractéristiques du Maroc qui vont déterminer sa capacité à créer et à conserver un avantage concurrentiel ? Quels sont les secteurs où il peut disposer d’un avantage relatif sur ses concurrents ? Qu’est-ce qui peut rendre les entreprises nationales performantes dans telle activité ou telle autre ?
A l’heure de la mondialisation libérale, une idée reçue doit être dénoncée concernant la politique industrielle : c’est qu’elle ne serait plus nécessaire. Nécessaire, la politique industrielle l’est plus que jamais. Avec la mise en concurrence des territoires, la construction des «externalités» – c’est-à-dire les biens et services indispensables au fonctionnement de l’économie que le marché ne fournit pas spontanément – est plus que jamais un élément majeur de la compétitivité. Education, recherche, infrastructures, qualité de l’environnement institutionnel, qualité de l’environnement, sécurité des biens et des personnes : tous ces éléments dépendent directement de l’Etat et fondent l’attractivité des territoires