Le reniement d’Obama

Le prince s’est transformé en grenouille. Il a donné raison à  ceux qui l’avaient affublé du surnom de « Bounty », cette barre chocolatée, noire à  l’extérieur et blanche à  l’intérieur. Le mirage Obama a vécu. Fin de la récré et retour à  l’implacable réalité des choses : celle de la primauté des intérêts sur les principes.

Un an plus tôt, jour pour jour, il déclarait à cette même tribune: «Nous pouvons revenir l’année prochaine avec un accord qui amènera un nouvel Etat membre des Nations Unies, un Etat palestinien, indépendant et souverain». Trois-cent-soixante quatre jours -et pas un de plus- plus tard, il est revenu, en effet. Mais pas avec un accord. Avec un veto !

Le prince s’est transformé en grenouille. Il a donné raison à ceux qui l’avaient affublé du surnom de «Bounty», cette barre chocolatée, noire à l’extérieur et blanche à l’intérieur. Le mirage Obama a vécu. Fin de la récré et retour à l’implacable réalité des choses : celle de la primauté des intérêts sur les principes. Mercredi 21 septembre, à l’Assemblée générale de l’ONU, le président américain a renfilé le costume de ses prédécesseurs. Et goûté l’amertume du désamour. Lui, dont chaque discours de politique étrangère électrisait les foules, a expérimenté le silence réprobateur d’une assemblée que ses propos ont laissé de glace hormis pour ce qui est des Israéliens et de leurs soutiens. En maintenant sa demande d’adhésion de la Palestine à l’ONU, demande qui a été remise à Ban Ki Moon le vendredi 23 septembre, le président palestinien Mahmoud Abbas a acculé Barack Obama à se trahir. A trahir le Nobel de la Paix dans lequel les Arabes (mais pas seulement eux, tous ceux de par le monde qui avaient salué son élection comme l’espoir de l’avènement d’un monde plus juste) avaient cru, avaient placé leur confiance. Etait-ce le même homme qui, deux ans plus tôt, prononça le magnifique discours du Caire où il promettait, avec des mots qui parlaient au cœur, d’œuvrer pour la justice, la paix et la dignité des peuples ? Etait-ce le même homme qui, juste l’an passé, battait froid à l’Israélien Nétanyahou et rêvait avec les Palestiniens de la création de leur Etat dans les frontières de 1967 ? Non, ce n’est assurément plus le même. Trois ans à exercer le pouvoir suprême à la tête de la nation la plus puissante du monde, cela vous transforme votre homme.

On connaît bien sûr la raison objective qui a acculé Barack Obama à opérer une telle volte-face sur le dossier palestinien, quitte à ruiner le frais capital de sympathie (et de confiance) laborieusement acquis par les USA dans le monde arabo-musulman depuis son élection. Il y a quelques mois, Ben Laden venant d’être éliminé, la cote de popularité de Barack Obama aux USA était à son firmament. Aujourd’hui, elle n’a jamais été aussi basse, la crise économique plongeant les Américains dans l’inquiétude et sapant leur confiance en leur président. Or, dès à présent, les couteaux s’affûtent en prévision de la prochaine élection présidentielle dont la pré-campagne est déjà engagée. Pour espérer remporter un second mandat, Barack Obama, comme ses prédécesseurs, ne peut s’aliéner l’appui de l’AIPAC, le puissant lobby pro-juif. Et donc, comme ses prédécesseurs, fait profil bas face à Israël. Quitte à être bafoué à la face du monde.

Barack Obama n’est pas Georges W.Bush. Ses origines, son parcours et la politique qu’il tente de mettre en place depuis son arrivée à la Maison Blanche donnent à croire que l’homme était sincère dans ce qu’il disait. Qu’il voulait sincèrement insuffler plus de justice dans les rapports internationaux. Et donc œuvrer pour réhabiliter les Palestiniens non dans tous mais au moins dans une partie de leurs droits. Seulement, voilà, cela ne va pas jusqu’à y sacrifier ses chances de réélection. C’est aussi simple que cela.

Pour spectaculaire qu’il soit, le reniement d’Obama n’est qu’un exemple de plus de cette défaite régulière dont sont l’objet les principes quand ils rentrent en conflit avec des intérêts personnels. Tous les jours, chez les petits comme chez les grands, chez le monsieur tout le monde comme chez la figure du coin, cette triste réalité se rappelle à notre bon souvenir. La propension à tordre le cou aux principes est cependant plus importante chez ceux qui ont le plus à perdre. Donc chez ceux qui occupent les premières places de la hiérarchie sociale. Combien sont-ils ceux qui accepteraient de risquer leur poste pour rester conformes à ce en quoi ils prétendent croire ? L’expérience nous apprend que peu, bien peu.