Le potentiel de la finance solidaire

l’intérêt manifesté par les entreprises et certains professionnels du secteur financier devrait contribuer à  un développement du potentiel des produits de la finance solidaire.

La finance solidaire a-t-elle un avenir dans le paysage financier national ? Du fait de sa filiation avec l’économie sociale, certains cantonnent parfois la finance solidaire dans ce secteur, considérant que sont solidaires par nature les mutuelles, les associations et les coopératives. Force est de constater que le statut juridique des organismes ne garantit pas le caractère solidaire des actions qu’ils mènent et qu’inversement des organismes de finance solidaire reconnus n’entrent pas dans ces catégories. Il ne faut pas, non plus, confondre finance solidaire, microcrédit, investissement socialement responsable, même si ces notions ont des points communs. La finance solidaire se distingue du microcrédit à la fois par sa destination (financement collectif et non individuel) et par sa fonction (augmenter le capital social des bénéficiaires et non pallier les déficiences d’offre du système bancaire traditionnel). Enfin, l’investissement socialement responsable (ISR), lui, est un concept plus large que celui de finance solidaire puisqu’il intègre à la fois des préoccupations sociales, éthiques et environnementales. Par ailleurs, la finance solidaire ne se définit pas non plus par les outils financiers qu’elle utilise. Elle recouvre tous les outils d’épargne, de gestion de portefeuille, de crédit et d’investissement mis en oeuvre dans des cas où le marché ne permet pas d’assurer une rémunération normale aux acteurs financiers ou bien lorsque le risque perçu par ces derniers apparaît trop élevé pour être pris en charge. En définitive, il est préférable de définir le champ de la finance solidaire par ses objectifs et ses actions plutôt que par le statut juridique de ses intervenants ou la nature des instruments qu’ils emploient.

Ce secteur  devrait conduire les entreprises et le monde financier à mieux prendre en compte dans leur gestion les dimensions sociale et environnementale de leurs activités ; il peut également contribuer à l’intégration de personnes et d’activités qui se situent à la frontière de la société et du marché. Car, la logique de la finance solidaire repose sur l’idée que le secteur financier, et notamment bancaire, n’assure pas pleinement son rôle de financement de l’économie pour deux raisons. D’une part, les banques ne répondraient pas aux besoins de financement de certaines activités dont elles considéreraient qu’elles présentent un risque de défaut trop important. D’autre part, elles éviteraient de réaliser des opérations dont le coût de gestion est élevé. Cette situation conduit une frange d’entrepreneurs à se voir dénier l’accès à des financements bancaires, parce qu’ils ne disposent pas de garanties suffisantes ou connaissent des difficultés nécessitant un accompagnement particulier, ou bien interviennent dans des secteurs perçus comme risqués, ou encore recherchent une aide financière d’un faible montant.
Pour pallier ces dysfonctionnements, la finance solidaire s’appuie sur des réseaux de financement alternatifs qui supportent les risques, ainsi que des coûts de gestion et d’accompagnement élevés, et fournissent aux entreprises des crédits, des garanties et des apports en fonds propres.

Le développement de la finance solidaire au Maroc peut être favorisé par différents moyens tels que l’adaptation intelligente d’expériences étrangères, la coordination avec le système bancaire, la mise en œuvre de mesures fiscales, la professionnalisation des acteurs et l’engagement de l’Etat.

Tous les pays développés disposent de mécanismes s’apparentant à la finance solidaire. Les pays anglo-saxons ont cependant une approche plus large dans la mesure où ils englobent dans ce secteur des problématiques qui sont largement traitées par des politiques publiques en France). Le point commun des Etats-Unis et du Royaume-Uni est de considérer que la finance «solidaire» doit aider à la création et au développement de structures économiquement viables qui ont vocation à accéder à terme aux circuits de financement traditionnels.

Pour leur part, les acteurs de la finance solidaire ne doivent pas perdre de vue que ce secteur n’a pas vocation à se développer de manière indépendante du secteur financier mais qu’il a, au contraire, pour fonction de faciliter l’accès à ce dernier. Les activités de gestion bancaire, de collecte de l’épargne, de gestion du risque de transformation, d’adossement actif/passif qui caractérisent le métier de banquier, sont en effet très différentes des activités de détection et d’accompagnement des projets de personnes en difficultés. C’est la raison pour laquelle la grande majorité des structures de finance solidaire est liée à des organismes financiers classiques.
Un autre axe d’encouragement à la finance solidaire résiderait dans la création d’une incitation fiscale à l’épargne ou à l’investissement solidaire.
Des mesures de ce type existent aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France avec notamment un dispositif incitant les acteurs privés, par le biais d’un crédit d’impôt, à investir sous forme de participations dans des institutions de finance solidaire.

Les acteurs de l’investissement socialement responsable, et, dans une moindre mesure, de la finance solidaire ont besoin de se professionnaliser. Les structures d’accueil, de détection, d’instruction et de suivi doivent être en mesure d’exercer pleinement leur rôle. Il ne semble pas souhaitable d’envisager dans l’immédiat le recours à des réglementations contraignantes, source de rigidités. En revanche, la puissance publique doit encourager la structuration du marché par l’accompagnement des initiatives de la société civile, tout en s’assurant du bon fonctionnement des outils mis en place. Une telle démarche devrait apporter des gages de stabilité aux investisseurs, notamment institutionnels, encore circonspects sur l’opportunité de s’impliquer dans la finance solidaire.
Toutefois, l’intérêt manifesté par les entreprises et certains professionnels du secteur financier devrait contribuer à un développement du potentiel des produits de la finance solidaire. Cet essor devrait s’appuyer sur des acteurs, des méthodes et des standards qui restent encore largement à définir.