Le plus dur reste à  faire

Un Premier ministre au zénith dans l’opinion publique, un soutien impressionnant de divers centres de décisions, un pragmatisme dans la prise en charge des grands dossiers de la nation, une conjoncture économique pas trop défavorable, tout semble aller bien pour Driss Jettou depuis sa nomination. Une unanimité à peine troublée par quelques milieux qui manifestent une impatience, peut-être même des doutes sur la capacité à donner corps au changement. Il est vrai que l’arrivée de Jettou à la gestion des affaires publiques a tenu largement au jeu complexe et imprévisible de la vie politique marocaine. Cette arrivée impromptue a laissé un goût amer à tous ceux qui ne se résignaient pas à voir l’alternance démocratique ainsi écornée. Un contexte qui ne facilitait pas la tâche à une nouvelle équipe condamnée à réussir là où les autres avaient piétiné.
Le gouvernement Jettou avait promis d’accélérer la prise de décision, il a tenu parole. Dans diverses franges de la société, on observe une certaine satisfaction à l’égard du Premier ministre. Une appréciation qui ne couvre pas nécessairement toute son équipe. A tort ! Ceux qui nous gouvernent constituent un collectif plutôt fier de sa performance globale. Surtout qu’ils pensent avoir été aussi loin que possible, compte tenu des contraintes : contraintes internes, liées aux équilibres économiques, sociaux et politiques du pays ; contraintes externes, telles qu’elles résultent des engagements internationaux du Maroc.
Mais de grâce, les résultats de ce gouvernement commencent à peine à être palpables. Le plus dur reste à faire. Pouvait-il en être autrement ? Il est difficile d’assumer qu’en un tour de main, les performances ont triplé ou doublé sur tel programme ou tel autre. On ne peut sérieusement produire un bilan chiffré alors qu’on n’a pas bouclé son premier anniversaire. Pour tout projet, il y a un délai de montée en charge. A moins de considérer l’annonce d’un programme comme l’assurance d’une réalisation. Une communication crédible, oui ! Du marketing politique, c’est à la limite de l’acceptable. De la propagande qui rappelle les discours d’un âge révolu sur les réalisations des Grand Timonier et autre Petit père des peuples. Non !
Là où Jettou semble avoir réussi, c’est dans l’art d’assumer la prise de décision. Ce n’est pas une mince prouesse. Elle témoigne d’un sens de l’écoute, d’une capacité de convaincre et surtout d’une aptitude à différencier le consensus tétanisant du compromis libérateur. Bref, une méthode de travail qui gagne en efficacité. Mais, si la prise de décision est importante, elle ne suffit pas au bonheur des gens. Concrètement, cela signifie deux choses. La nécessité d’un suivi, pour que les actions programmées soient réalisées à l’horizon prévu et l’exigence de l’évaluation, pour mesurer l’impact des décisions sur les conditions de vie des citoyens. L’enjeu est clair : après avoir mis en place un cadre général, des actions et des dispositifs, le gouvernement doit veiller à ce que l’intendance suive. C’est parce que l’inertie de l’administration est forte qu’il faut agir vite pour obtenir des résultats dans les délais.
Alors que le parcours de Jettou est salué par les médias et que son action est presque plébiscitée, nos concitoyens continuent de montrer combien la défiance à l’égard de la classe politique demeure forte. Le gouvernement se doit donc de continuer à avancer dans la mise en œuvre de son programme. Partis, syndicats et associations doivent de leur côté maintenir la pression car ils aident ainsi le gouvernement à légitimer son action de réforme. C’est donc en continuant à agir de manière volontariste et «à la jouer modeste», que l’équipe Jettou réhabilitera progressivement la politique et renforcera la démocratie. Le choix du gouvernement est le bon : réaffirmer la capacité de l’action politique à conduire des changements, sans nourrir pour autant les illusions. Reste à tenir ce cap, à maintenir l’unité du gouvernement dans la durée. Une tâche délicate à la veille des élections. Le chemin est donc encore long avant que le capital de sympathie dont dispose le Premier ministre ne se transforme en un soutien aux partis qui composent sa majorité