Le pari du Mondial

L’organisation de la Coupe du monde est une sorte de
«mois promotionnel», gigantesque publicité pour le Maroc à
l’étranger.
Nul ne peut en chiffrer l’ensemble des retombées médiatiques

et commerciales. Le budget du pays organisateur ne constitue
que la partie visible de l’iceberg.

Amis du foot, vous allez vivre une période de stress. Vous ne serez libérés qu’à l’annonce du nom du pays organisateur de la 19e Coupe du monde. Si le Maroc l’emporte, vous vivrez une overdose de ballon rond, comme vous n’en avez jamais connu. Votre bonheur sera sans égal. Le contribuable que vous êtes n’en mesure pas encore le coût. Savez-vous qu’en se portant de nouveau candidat à l’organisation du Mondial 2010, le Maroc a délibérément fait un pari économique? Paradoxalement, c’est au moment où la Coupe du monde devient un événement de portée réellement universelle que le nombre de pays susceptibles de l’accueillir se restreint. C’est compréhensible. La dimension prise par le Mondial rend son organisation extrêmement coûteuse. La construction et la rénovation des stades, l’amélioration des réseaux de communications et de transports supposent des investissements colossaux. D’aucuns vous diront que de tels investissements ne peuvent être aujourd’hui assumés que par les pays industrialisés. Eux seuls disposent du potentiel économique permettant de capitaliser le gain qu’apporte cet événement.
La collectivité nationale devait-elle dépenser des sommes aussi importantes pour quelques matches de foot ? On peut arguer que tout cela fait naturellement marcher le bâtiment, même si les équipements sont souvent surdimensionnés. L’impact sera très certainement favorable sur le tourisme. Les entreprises, et donc l’emploi, vont bénéficier de retombées. A contrario, on pourrait très bien utiliser cet argent à des dépenses plus favorables au développement des services publics. Il est étonnant que pas une voix ne se soit élevée pour mettre en cause cette utilisation de l’argent public. A vrai dire, on mesure mal les effets des dépenses liées à un événement sportif, surtout quand il a une dimension internationale. Son effet de notoriété n’est pas de courte durée. La manifestation est une sorte de «mois promotionnel», gigantesque publicité pour le Maroc à l’étranger. Nul ne peut en chiffrer l’ensemble des retombées médiatiques et commerciales. Comme on est loin de connaître l’ensemble des masses financières en jeu entre tous les acteurs de l’évènement. Le budget du pays organisateur ne constitue que la partie visible de l’iceberg.
En simplifiant, une Coupe du monde de football fait intervenir cinq grands acteurs. La compétition est organisée «sous l’égide» de la Fédération internationale de football (Fifa), qui perçoit les droits de télévision et dispose de sponsors qui lui sont propres. Elle finance les équipes et les arbitres. Elle délègue l’organisation sur le terrain (billets, stades, public, etc.) au Comité national d’organisation et lui reverse un pourcentage des droits télé, ainsi que des prestations en nature ou des produits des sponsors. Le Comité national d’organisation vit principalement de ses propres sponsors (distincts de ceux de la Fifa) et de la vente des billets. Les chaînes de télévision achètent les droits de retransmission des matches à la FIFA et revendent des espaces de publicité. Les entreprises sponsorisent à différents niveaux (les joueurs, les équipes, la Fifa, le Comité d’organisation) et communiquent autour de l’événement (publicité, marquage de leurs produits en particulier). Enfin, le pays d’accueil finance les infrastructures nécessaires.
Le gros des finances de ce foot-business passe par le sponsoring et par la communication autour de l’événement. Il y a d’abord les médias, et notamment la télévision. Avec la Coupe du monde de football, le monde devient vraiment un «village global». Chaque nouvelle édition coûte plus chère en droits versés par le petit écran à la Fifa. En revanche, les milliards de téléspectateurs sont une mine pour les chaînes qui vendent la pub à prix d’or. Les entreprises financent donc la Coupe du monde à trois niveaux : par la publicité, en sponsorisant l’évènement ou en achetant des places pour leurs gros clients. Le foot est devenu un puissant bras de levier publicitaire et elles en profitent. Logique. Les sommes en jeu sont conséquentes. Le Maroc gagnera son pari s’il parvient à associer le nom de grands sponsors à l’évènement. Mais… que dis-je ? Il faut attendre le vote. Quel stress !