Le monstre de Safi

On les attendait ces images de la reconstitution de l’horrible attentat contre le café Argana. Non par curiosité morbide mais désir sain de comprendre ce qui s’est passé dans la tête de l’exécuteur de cette criminelle besogne. Et puis c’est arrivé assez vite. Et puis elles sont là, ces images, elles incendient l’écran, elles nous submergent. On ne sait pas quoi en penser, tellement elles ne ressemblent pas du tout à ce qu’on attendait. A commencer par la dégaine et le look du héros de l’horrible. Il n’a franchement pas la tête de l’emploi. Au lieu de la tenue afghane et la barbe caractéristiques des «djihadistes», sweatshirt, lunettes solaires, perruque et guitare. Pas de meilleur déguisement pour se fondre anonymement dans la foule hétéroclite et bariolée de Jemaâ el-Fna. Mais ce qui a frappé les esprits et provoqué la nausée des spectateurs, c’est l’attitude de l’assassin. Il ne semble ressentir aucun remords, comme si anéantir des vies, saccager des destins, endeuiller des familles étaient des actes banales. Ce Adil El Atmani est un monstre. Sourire toutes voiles dehors, il se prête au jeu funeste de la reconstitution de son crime, sans paraître entendre les cris éplorés de la foule en fureur et furie. Si on l’avait laissé faire, elle l’aurait volontiers mis en charpie. C’eût été mérité pour ce suppôt de Satan, fossoyeur, sans rime ni raison, de notre bonheur. Mais après le deuil, place à la vie ! C’est la seule manière de vaincre les assassins.