Le mérite de la clarté

Les partis politiques ont, bien entendu, besoin d’une sévère mise à niveau pour jouer leur rôle d’encadrement et de sélection de l’élite. Si celle-ci s’opère par d’autres voies et si la cooptation makhzénienne continue à constituer l’unique voie pour les ambitieux, alors les partis, la vie partisane, attireront encore moins de compétences.

Lors de la constitution du premier gouvernement Jettou, le parti de l’Istiqlal a vu surgir trois ministrables de nulle part. Seulement, comme Abbès El Fassi et Khalifa étaient du voyage et que les trois jeunes avaient des liens familiaux avec la tribu de l’Istiqlal, la pilule a été facile à avaler.
Cette fois, c’est autour du RNI d’enregistrer des recrutements par le haut. Pour l’avoir accepté, Ahmed Osman est vertement critiqué par les siens, au point qu’une scission n’est pas à exclure. Que derrière cette cabale il y ait des ambitions contrariées n’est qu’un épiphénomène, il y a réellement problème. Et c’est un problème grave.
Nous sommes face à une atteinte à l’autonomie des partis politiques. Les raisons invoquées, nous les connaissons : il s’agirait de compenser l’absence de grosses pointures dans les structures partisanes. Ce n’est qu’une demi-vérité, qui ne justifie rien du tout.
La transition démocratique n’est viable que si elle permet l’émergence d’une vraie vie politique et si elle s’en nourrit. Le comportement très cavalier vis-à-vis des partis politiques, dans leur ensemble, creuse le déficit de crédibilité de l’ensemble du jeu démocratique. Les impératifs d’efficacité, bien réels, ne justifient cependant pas ces coups de canifs répétés dans le contrat démocratique.
Les partis politiques ont, bien entendu, besoin d’une sévère mise à niveau pour jouer leur rôle d’encadrement et de sélection de l’élite. Si celle-ci s’opère par d’autres voies et si la cooptation makhzénienne continue à constituer l’unique voie pour les ambitieux, alors les partis, la vie partisane, attireront encore moins de compétences.
Au-delà, la question de l’autonomie des partis est fondamentale pour la réussite de la transition. Il est imprudent de croire que les institutions marcheront au pas forcé indéfiniment. Il est tout aussi imprudent de penser que la confiance dans le processus de démocratisation est irréversible. L’objectif d’un gouvernement en «bleu de chauffe», légitime, ne peut occulter l’objectif fondamental de la construction démocratique. Ce débat-là, il faudra bien l’avoir d’ici à 2007 si nous voulons sortir de l’ornière. Le surplace, en période de transition, est souvent perçu comme une régression.
D’autant plus que les signaux brouillés se multiplient. Ainsi une déclaration de M. Ben Ali, D.G de 2M, ne manque pas d’interpeller. Il a déclaré à un confrère ne pas avoir de carte d’électeur. En d’autres termes, il ne croit aucunement dans la transition démocratique, ou tout au moins dans son expression votative. C’est son droit, mais cela a le mérite de la clarté. Cela nous éclaire en particulier sur les vraies raisons de la disparition des émissions de débat politique et leur remplacement par des émissions dites de société, qui soit font la promotion de la polygamie soit sont concédées à une tribu de has-been sans génie. Si M. Ben Ali ne croit pas dans le jeu démocratique, il n’est pas question qu’il fasse de la chaîne de Aïn Sebaâ un élément moteur de cette transition. C’est pourtant ce à quoi s’attellent des gens comme Samira Sitaïl ou Taoufiq Debbab. Les gens du RNI feraient d’ailleurs bien de vérifier que leurs nouveaux «militants» sont inscrits sur les listes électorales.
A ce rythme, nous ne serons pas nombreux à battre campagne lors de la prochaine échéance. Pourtant, c’est S.M. le Roi qui a dit qu’il n’y a pas de démocratie sans démocrates. Les démocrates s’organisent dans des partis et respectent la souveraineté populaire. Ils ont tous leur carte d’électeur en poche .