Le Maroc peut être plus compétitif

Il est bien connu que si nous exportons peu (près de 25% de notre PIB), nous importons aussi trop de produits. En comparaison avec l’ensemble des pays de la région méditerranéenne, le Maroc a le plus grand nombre de produits dont le taux de couverture est inférieur à 50%. Même avec des pays d’égal niveau de développement, le commerce extérieur présente un déséquilibre pour un très grand nombre de produits et pas uniquement ceux de l’industrie des biens d’équipement ou des biens intermédiaires. Nous avons laissé s’installer des «trous» dans notre tissu industriel. Or, la présence locale sur un marché induit des avantages compétitifs : meilleure compréhension dudit marché et plus grandes possibilités de service. Il devient de plus en plus indispensable de disposer d’une forte densité industrielle pour résister à une concurrence élargie et plus agressive. C’est l’un des objectifs du plan «Emergence». L’horizon de son application est un enjeu majeur. A trop l’éloigner, le bateau Maroc risque de prendre l’eau.

Toutes les entreprises sont concernées. Soutenir des «champions nationaux» ne suffira pas à défendre la compétitivité de l’économie nationale. Il est incontestable que disposer de leaders dans certaines industries est un vecteur de performance. Nous n’avons, dans bien des cas, qu’un ou deux représentants dans des secteurs où la demande est forte. C’est une faiblesse majeure. La concurrence entre pays ne saurait être soutenue par les positions d’une ou deux grandes entreprises.

C’est la vitalité de l’ensemble du tissu industriel qui renforce l’efficacité de l’ensemble des acteurs, y compris les plus grands. Il faut se battre sur le plus large spectre des produits, y compris sur le marché intérieur, grâce à des entreprises nombreuses et mieux organisées. Dans les secteurs d’exportation comme le textile ou l’alimentaire, nous disposons de plusieurs dizaines d’entreprises de petite taille dont la présence sur les différents segments de marché s’entrecroisent. Certes, la pratique de l’autoconcurrence nationale crée une dynamique du secteur, par l’émulation entre concurrents. Mais l’animation de la sous-traitance et de la coopération entre les entreprises peut aussi garantir un progrès de l’offre et la diffusion de meilleures pratiques. Cette vitalité nous fait souvent défaut.

Souvent l’entreprise marocaine a du mal à passer le cap entre une position nationale et une position européenne ou internationale. Elle se trouve avec une taille critique insuffisante pour défendre sa part de marché, voire sa survie. Pourtant, des exemples montrent que la croissance interne est possible partout lorsque les facteurs-clés de compétitivité sont réunis. Or, beaucoup d’entreprises ont, au contraire, privilégié la croissance externe avant même que ne soient capitalisés les savoir-faire de gestion qui permettent la maîtrise de la taille. Il est clair que la sublimation des effets d’économies d’échelle ne doit pas faire oublier que ce n’est bien souvent pas la taille qui fait la performance, mais au contraire la performance qui entraîne la croissance. Mais que faire face à des concurrents qui déversent leurs produits à des conditions de prix insoutenables ? L’industrie nationale doit défendre des positions sur un front très large de prix et de qualité pour les différents produits : à un extrême des produits banals à des prix très bas ; à l’autre, des produits/services évolués technologiquement.

Pour cela, l’organisation qui fait la différence n’est plus l’organisation administrative, héritée de l’ancien système. C’est l’organisation stratégique, celle qui permet de mettre en valeur des atouts concurrentiels distinctifs. Elle prend pour chaque entreprise une forme spécifique qui conjugue, selon la vision propre de l’avantage à offrir aux clients, tous les acquis des méthodes nouvelles : raccourcissement des délais, amélioration de la qualité, réduction des actifs circulants, fluidité des circuits d’information et de décision, etc. En réalité, nous possédons des ressources de base extrêmement compétitives pour faire face à la concurrence étrangère dans quelques secteurs. Une meilleure convergence des efforts de politique industrielle et de stratégie des entreprises dans le sens de la préservation et du renforcement permanent de chaque part de marché, et même la conquête de positions nouvelles, permettrait certainement un surcroît sensible de croissance.