Le Maroc face aux défis de l’agenda 2030

Dans les quinze prochaines années, les efforts déployés au niveau mondial en faveur du développement durable s’appuieront sur les 17 objectifs et 169 cibles connexes formulés dans le nouvel Agenda 2030.

Après un processus de négociations intense mené pendant trois ans par les 193 Etats membres de l’ONU et  au cours duquel le Maroc a pu faire valoir ses préoccupations, l’Agenda 2030 de portée universelle est entré en application au niveau national et international cette année. Quels challenges représente-t-il pour le Maroc ?

Le Maroc a déjà pris des initiatives qui lui permettront de contribuer à la mise en œuvre des objectifs énoncés dans l’agenda. La semaine écoulée a vu se tenir les premières étapes d’appropriation et de mise en œuvre de l’Agenda 2030. D’ici juillet, le Maroc élaborera à l’intention de l’ONU un rapport national faisant le point sur ses engagements dans la mise en œuvre de l’agenda dans notre pays. Une évaluation des actions à entreprendre sera effectuée au cours des deux années à venir, puis sera suivie de rapports périodiques sur la réalisation des 17 objectifs mondiaux de développement durable au Maroc. Les 17 objectifs de l’Agenda 2030, d’une portée universelle, joueront un rôle prépondérant dans la politique de développement du Maroc au cours des prochaines années. Les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD), remplacent les désormais anciens Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Intégrés, interconnectés et indissociables, ces ODD visent à réaliser ce qui ne l’a pas été par les OMD, et, au-delà des OMD, ils concilient les trois dimensions du développement durable : économique, sociale et environnementale. Les nouveaux ODD diffèrent des OMD par leur démarche, leur fond et leur portée. Les OMD résultaient essentiellement du travail collectif d’agences d’aide au développement, les ODD sont le résultat de la réflexion et du travail des Etats, du Nord comme du Sud. Les ODD entérinent le processus de passage d’une relation Nord-Sud prescriptive à une relation de partenariat. Alors que les OMD visaient 8 cibles bien définies, les ODD visent également des processus, comme la croissance, la paix ou la transition énergétique. Les ODD vont au-delà des secteurs sociaux sur lesquels étaient centrés les OMD, en incluant également des objectifs tels que le défi climatique et environnemental, la transition énergétique ou la croissance. Les ODD constituent des objectifs globaux, transversaux et universels. Ces différences d’approche des ODD par rapport aux OMD font ressortir toute leur spécificité : l’inter-connectivité, la globalité, l’universalité, la transversalité et le principe de responsabilité qui en découle.

Les ODD sont très ambitieux : il faut se poser dès maintenant la question de leur mise en œuvre. Le Maroc est face à un nouveau challenge. Plusieurs questions restent encore en suspens. La réussite du pari est conditionnée par la maîtrise de cinq défis importants. Tout d’abord l’appropriation et la mise en cohérence des objectifs de développement avec les priorités nationales, l’intégration harmonieuse et des objectifs de développement durable dans les plans stratégiques sectoriels en sont la clé.  Le second défi est la maîtrise de la coordination des politiques publiques. Pour mettre en œuvre les ODD de manière efficace et respecter l’agenda 2030, il faut sortir de la logique sectorielle, et opter pour une approche multidimensionnelle et de convergence des agendas. Cela passe par trois approches, qui supposent une appropriation des ODD à tous les niveaux: une approche territoriale et multidimensionnelle ; une approche multi-acteur ; une approche processus. Les ODD entraînent non seulement un véritable changement de paradigme, mais aussi un vrai changement d’échelle, à travers notamment l’aspect multidimensionnel et les partenariats multi-acteurs. Le troisième défi est à la question de l’information statistique. Malgré l’existence du Haut commissariat au plan qui joue un rôle central dans la production de l’information statistique à l’échelle nationale et qui garantit ainsi un minimum de cohérence d’ensemble, ne serait-ce que par son expertise et l’ampleur des données qu’il produit, il n’en demeure pas moins que le résultat final est l’existence de données dispersées, peu homogènes (ou non homogénéisés), et difficilement exploitables dans leur totalité. Ce système d’information est finalement insuffisamment intégré par rapport à la conception d’une vision globale de la stratégie de développement. La coordination passe essentiellement par l’utilisation d’un certain nombre d’outils communs : concepts, définitions, nomenclatures, répertoires.

Un autre défi crucial est celui du suivi et de l’évaluation de la mise en œuvre. Depuis quelques années, les politiques publiques gagnent en visibilité. Elles s’expriment aujourd’hui dans des stratégies sectorielles. Or, force est de constater que le défaut de suivi systématique des politiques publiques ne plaide pas toujours en faveur de la crédibilité de ces stratégies. L’un des apports du suivi-évaluation des politiques publiques peut précisément consister à prévenir ou corriger les effets des contraintes financières ou institutionnelles insuffisamment appréhendées. Enfin, le cinquième défi est celui du financement: pour être menés à bien, les 17 objectifs de développement durable doivent être dotés d’une solide assise financière. L’aide internationale ne peut y contribuer que faiblement. Les ressources nationales publiques et privées sont appelées à participer davantage à la réalisation des objectifs, notamment par une plus grande souplesse et efficacité dans l’affectation des moyens et par le développement du rôle joué par les financements innovants.  Le nouvel agenda comporte des objectifs ambitieux et intègre aussi bien le développement économique et social que la durabilité écologique. L’heure est maintenant à  son appropriation et à sa mise en œuvre.