Le Maroc dans le monde d’après la crise

La sortie de la crise mondiale ne pourra se faire qu’en visant une croissance fondée sur des technologies propres. Il y aura dès lors une démarcation entre ceux qui y croient et s’y préparent et les autres. Le Maroc a tout intérêt à  se ranger parmi les premiers et à  monter dans le train de la nouvelle économie.
Pour cela, la préparation d’un environnement légal et de ressources humaines doit être sa priorité.

Les auditions par le Congrès américain des présidents des trois marques majeures de l’industrie automobile (General Motors, Chrysler et Ford) sont porteuses de beaucoup de leçons sur l’avenir. Il ne s’agit rien moins, en effet, que d’un nouveau contrat, qui sera précisé davantage lorsque l’administration Obama sera aux commandes, au terme duquel les subsides de l’Etat seraient liées à l’innovation et à la fabrication par ces compagnies des voitures de demain, plus efficientes et moins dépendantes du pétrole. Pour illustrer cette situation, le mode de transport de ces dirigeants est peut-être anecdotique mais d’une grande portée symbolique. Aux premières auditions, ils s’étaient rendus en jets privés. Ensuite, ils se sont déplacés dans des voitures hybrides !
Ce n’est plus un secret pour personne, et ce n’est pas l’actuelle crise qui y changera quelque chose : l’économie mondiale doit être transformée ! Fonctionnant essentiellement aux énergies fossiles, rejetant dans l’atmosphère les gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique global et de toutes les conséquences qui en résultent sur la vie humaine, la sortie de la crise ne peut se faire qu’en visant deux objectifs à la fois, à savoir une croissance qui soit plus clémente avec la planète.
Le monde tourmenté d’aujourd’hui doit se rappeler cette maxime d’Einstein : «On ne peut régler les problèmes avec les moyens qui les ont crées ! ». Une nouvelle économie, basée sur les technologies propres, répondant aux besoins humains de bien-être et de progrès et respectant le milieu naturel, est déjà en train de se cristalliser. Ces technologies, qui ne sont pas seulement le solaire, l’éolien ou les voitures électriques, mais englobent les nano et bio technologies, l’Internet et ses dérivés, les nouveaux bâtiments, et d’autres encore, marqueront les nouvelles frontières entre ceux qui y croient et s’y préparent, d’un côté, et ceux qui s’y refusent et persistent dans leur attachement aux industries du passé, de l’autre.
Et justement, un signal fort a été lancé le 19 novembre dernier quand Obama déclarait : «Ma présidence marquera un nouveau chapitre dans le leadership américain sur le changement climatique, qui renforcera notre sécurité et créera des millions de nouveaux emplois». Le futur proche est donc dessiné. Nous sommes loin du temps où George W. Bush, en mars 2001, annonçait le retrait de son pays de Kyoto pour cause de preuve insuffisante de la gravité du phénomène et d’absence de lien entre l’activité humaine et le réchauffement planétaire.
Dans le même esprit, le 20 novembre, le National Intelligence Council publiait un rapport sur les tendances globales de 2025 dans lequel on pouvait lire : «Les nouvelles technologies pourraient apporter des solutions, telles que des alternatives viables aux combustibles fossiles ou les moyens de surmonter les contraintes de la nourriture et de l’eau. L’incertitude critique est de savoir si les nouvelles technologies seront mises au point et commercialisées à temps pour éviter un ralentissement de la croissance économique en raison des contraintes de ressources».

Le défi, justement, est de lever cette incertitude…
Le Maroc, un pays qui ne dispose ni de pétrole, ni de gaz, ni de charbon, a tout intérêt à se ranger avec les pays qui montent dans le train de cette nouvelle économie, moins émettrice de carbone. Pour continuer à se développer en sauvegardant ses ressources naturelles, mais également pour contribuer à l’effort global de lutte contre le changement climatique, au sein d’une communauté internationale qui le lui reconnaîtra dans la défense de ses causes.
Il est vrai que le Marocain subit de plein fouet les effets négatifs du réchauffement global, bien qu’étant très faible émetteur de CO2 dans l’atmosphère : seulement 2 tonnes rejetées en moyenne par an, à comparer avec les 12 tonnes émises par un occidental. Mais la vulnérabilité du Maroc au changement climatique, qui est maintenant reconnue et avérée, est loin d’être seulement une menace. Cette situation est un défi majeur certes, mais un défi porteur d’immenses opportunités.
L’Agence internationale de l’énergie estime à 45 000 milliards de dollars les investissements qui iront à l’énergie propre d’ici 2050. Barack Obama engage son pays dans un programme qui prévoit d’investir 150 milliards de dollars avant 2020 dans ce même domaine.
Le Maroc, qui a relativement bien réussi à tirer avantage des nouvelles technologies de la communication, et qui pourrait fait beaucoup mieux en améliorant son système éducatif, est un pays riche en gisements de soleil et de vent. Pourquoi ne pourrait-il pas tirer une fraction même minime de cette manne financière qui se déploiera dans le monde durant les prochaines décennies ?
Le Groupe Delattre Levivier Maroc donne un exemple parmi d’autres sur les pistes ouvertes par cette nouvelle économie. En se plaçant dans l’éolien avec un investissement de plus de 75 millions de DH dans une usine neuve, qui peut produire 300 mâts d’éolienne par an, cette entreprise produira une capacité proche de celle des grands groupes internationaux du secteur, comme le danois Vestas ou l’allemand Enercon.
Mais il n’y a pas que les énergies nouvelles. L’agriculture biologique, la médecine, les nanotechnologies, la réutilisation des eaux usées, le tourisme écologique, le dessalement de l’eau de mer par les énergies renouvelables, la valorisation des déchets offrent des possibilités indéniables d’investissement et de création d’emplois auxquelles il faut, rapidement, préparer l’environnement légal et former les compétences humaines.
Tous ces domaines nouveaux, créateurs de richesses et protecteurs de l’environnement doivent figurer en tête des priorités de notre gouvernement, de nos universités, de notre patronat et de notre société civile.