Le héros de Lissasfa

Figure anonyme, Hassan Fazi est devenu un héros en sauvant la vie à  huit personnes, dont sa femme, qui étaient prisonnières de l’usineen feu de Lissasfa.
Une bravoure qui luia finalement coûté la vie. La mort de cet homme courageux nous le rappelle cruellement : l’homme sait et peut être grand, généreux et altruiste.

Lu dans TelQuel de la semaine passée, cette information rapportée en brève. A Lissasfa, une histoire court sur toutes les lèvres, donnant à  ce quartier, siège du dramatique incendie du 26 avril, un motif de fierté pour transcender le choc terrible qu’il vient de vivre. Parmi les 54 victimes dont les corps calcinés ont été extraits des flammes, se trouvait celui de Hassan Fazi.

Ce jeune, d’une trentaine d’années, n’appartenait ni au personnel de l’entreprise ni aux équipes de pompiers qui, pendant plusieurs heures d’affilée, se sont battues pour éteindre le feu. Son seul lien avec le lieu était d’être l’époux de l’une des ouvrières qui travaillaient à  l’intérieur de l’usine. Figure anonyme jusqu’à  cette date fatidique, Hassan Fazi, au regard des circonstances de sa mort, est en passe de devenir une légende pour les habitants de Lissasfa. Par sa bravoure en effet, l’homme a sauvé des flammes huit personnes dont sa femme avant de se retrouver à  son tour prisonnier du feu et d’y laisser la vie. Présent sur place parmi les premiers, il s’est spontanément porté au secours des ouvriers bloqués à  l’intérieur de l’atelier.

«Avec des jeunes du quartier, il a percé un trou dans le mur de la bâtisse au niveau du 2e étage, bien avant l’arrivée des pompiers», a raconté au journal un témoin oculaire. Un homme se jetant dans les flammes pour sauver autrui, voilà  une scène vue et revue au cinéma. L’héroà¯sme a toujours constitué l’un des thèmes favoris des romans et des films. Sauf que là , on n’était pas au cinéma et qu’il s’agissait d’un vrai feu dont la monstruosité a fait s’écrouler tout un bâtiment. Les comportements individuels, tels qu’ils se déclinent dans la vie quotidienne, retiennent en général davantage l’attention par les petitesses exprimées que par une proportion marquée à  la grandeur et au dépassement.

Les mesquineries et les bassesses qu’il faut endurer au jour le jour en arrivent, plus souvent qu’il ne faut, à  vous faire désespérer du genre humain. Le goût prononcé des médias pour la violence et la guerre, ne relatant des événements du monde que ce qui renvoie au drame et à  la mort, n’Å“uvre pas pour améliorer cette perception. Et puis survient un fait tel celui ici relaté. Une histoire réelle avec un héros de chair et de sang qui donne sa vie pour sauver celle de l’autre. Un Hassan Fazi sort de l’ombre pour renvoyer de l’homme l’image d’un être généreux et courageux.

Saisissement et interrogation. Qu’est-ce qui, dans un monde o๠l’égoà¯sme s’affiche norme et valeur, réveille le sens de la bravoure au point de conduire à  l’héroà¯sme ? On pourrait, dans l’exemple précité, invoquer le facteur de l’amour. Hassan Fazi avait en effet sa femme à  l’intérieur de l’usine en feu. Si, avec cette touche de romantisme, «l’amour jusqu’à  la mort», l’histoire n’en devient que plus digne d’un scénario de film, cela ne suffit pas comme explication : Hassan Fazi ne s’est pas contenté, en effet, de sauver son épouse mais, avec elle, sept autres personnes.

Par ailleurs, le témoignage rapporté fait état de la présence d’autres jeunes à  ses côtés. Si sa fin tragique a mis en relief l’héroà¯sme de Hassan Fazi, rien n’interdit de penser qu’ils furent plusieurs qui, comme lui, ont pris le risque d’exposer leur vie pour arracher à  la voracité du feu ses proies malheureuses. Tout porte à  croire que plus qu’une attitude isolée, il se serait davantage agi d’un comportement collectif même si certains sont allés jusqu’au bout de leurs limites les plus extrêmes, jusqu’au bout de leur vie.

Les individus ont toujours eu besoin de situations tragiques pour donner la pleine mesure d’eux-mêmes. Les actes d’héroà¯sme ne peuvent, et pour cause, survenir quand tout va bien. Si elle est le lieu des horreurs les plus absolues, la guerre l’est aussi de la bravoure la plus grande. En temps de paix, paradoxalement, ce sont les petites bassesses de l’homme qui occupent le champ. Pourtant, et la mort de Hassan Fazi nous le rappelle cruellement, l’homme sait et peut être grand.

Tout revient à  la pâte qui le constitue mais sans doute aussi, et surtout, par ce par quoi et comment celle-ci a été pétrie. Les hommes ne sont pas des anges mais parfois, par ces miracles qui font la vie, des ailes leur poussent.