Le gouvernement a-t-il failli ?

Il faut reconstruire rapidement, désenclaver la région et, surtout,
intégrer le risque sismique. Cela exige des fonds importants, qu’il
faudra trouver. Peut-être le plus simple
est-il de réserver le produit de la vente des 16 % de Maroc Télécom
à cette région.

A lire certains confrères, du reste dubitatifs, le gouvernement aurait eu tout faux dans la gestion de la catastrophe d’Al Hoceima. Comme toujours, la réalité est plus complexe. Des dysfonctionnements ont été constatés sans que l’on puisse parler de faillite de l’Etat.
Le principal reproche que l’on puisse faire à ceux qui ont géré la crise est la désorganisation. Ils ont mis du temps à mettre en place des structures fiables. A leur décharge, le propre d’un séisme est d’être imprévu. Mais les informations concordent : ils ont pataugé. Par exemple, le rôle des ONG a fluctué. Au début, l’administration voulait s’appuyer exclusivement sur les élus, au prix de frictions avec la fameuse société civile, pour ensuite tout déléguer, ou presque, aux associations. Celles-ci ne sont pas au-dessus de tout reproche. Deux jours après le cataclysme, trois «coordinations» sont apparues et la liste va s’allonger. Cette concurrence est malsaine dans ses fondements, souvent électoralistes par ailleurs, mais surtout parce qu’elle complique la distribution d’aides dont elle est censée assurer la fluidité. Le dialogue avec les populations n’en a été que plus difficile.
L’exaspération des sinistrés est normale, cela se passe de la même manière partout dans le monde. Mais fallait-il pour autant pousser la permissivité jusqu’à laisser les pillards sévir sans réagir ?
La distribution de tentes n’a été achevée que 8 jours après le séisme. On peut effectivement trouver le délai long. Encore faut-il rappeler qu’en Iran ou en Algérie, les délais ont été beaucoup plus longs, pour des dégâts plus importants. Cette distribution a aussi buté sur un phénomène culturel, les sinistrés refusant souvent de mélanger leurs familles.
Dans le réquisitoire contre l’Etat, on mélange souvent le conjoncturel et le structurel. Ainsi, il est sûr que l’enclavement de la région a compliqué la tâche des secouristes et probablement induit des pertes qu’on aurait pu éviter. Driss Jettou, dans sa première déclaration, a lui-même reconnu que l’urgence était la construction de routes. Tirer des plans sur la comète à partir de ce constat et parler de marginalisation «volontaire» du Rif est à mon sens ridicule.
Le Souss, région légaliste, est-il mieux pourvu ? Le Moyen Atlas qui vote bien, a-t-il un réseau routier à l’américaine ? Le Maroc est un pays sous-développé, pauvre, qui a des déficits colossaux en équipements de base. Point.
Par compassion pour les sinistrés (je ne peux imaginer d’autres motifs), les confrères oublient de mentionner ce qu’on peut mettre à l’actif du gouvernement. D’abord, le rétablissement de l’électricité et de l’eau courante a été rapide. Ce qui a sûrement évité plus d’anarchie et d’insécurité.
La prise en charge médicale a été plus que correcte et nous n’avons assisté à aucun déclenchement d’épidémie. Quant aux secouristes, ils ont eu les louanges de leurs confrères venus de l’étranger.
Le corps des architectes a eu la bonne idée d’envoyer une équipe auditer la région et rassurer les habitants. Action qui aidera ce corps à redorer un blason terni par des brebis galeuses complices des errements des élus locaux.
Enfin, on ne peut pas passer sous silence la volonté de transparence du gouvernement. Contrairement à ce qui a été écrit, Mustapha Sahel et Nabil Ben Abdellah étaient disponibles et parlaient vrai. Les journalistes de 2M ont fait leur boulot, ont relaté tous les problèmes, ont donné la parole aux citoyens, y compris pour souligner leur mécontentement.
Les Marocains, eux, se sont d’abord attachés à aider les sinistrés. Les dons de sang ont atteint un niveau record. Toutes les villes ont envoyé des chargements d’aide au point que celle-ci a dépassé les besoins quelques jours après le drame. Quant au compte 101, selon quelques indiscrétions, il nous réserverait une belle surprise.
Nous sommes donc face à une gestion qui a eu ses faiblesses. Il faut sereinement les analyser et sanctionner les responsables s’il y a lieu. L’accueil réservé au Monarque est là pour prouver qu’il n’y a pas divorce avec l’Etat. C’est la suite qui sera déterminante. Il faut reconstruire rapidement de manière plus solide, désenclaver la région et, surtout, intégrer le risque sismique à l’avenir. Cela exige des fonds importants, qu’il faudra trouver. Peut-être que le plus simple c’est de réserver le produit de la vente des 16 % de Maroc Télécom à cette région. L’argentier du Royaume avait prévu peut-être un autre usage, la nature dévastatrice le pousse à refaire ses calculs. Les orphelins d’Imzouren méritent bien une entorse budgétaire