Le frémissement des ailes du papillon

Il aurait fallu que Mahmoud Ahmadinejad parte pour donner toutes ses chances à  l’apaisement des tensions entre musulmans et Occident. Mais il ne part pas. En Iran, la campagne présidentielle commencée dans l’allégresse a fini dans la répression. Le mot «révolution» est avancé par le candidat victorieux lui-même. L’opposition à  Ahmadinejad dénonce la victoire de celui-ci et les manifestations font rage. Tout est encore possible. L’Iran a peut-être lancé sa troisième révolution.

Vendredi 12 juin, on votait au Maroc et en Iran. Nous élisions nos élus communaux pendant que les Iraniens choisissaient leur nouveau président de la République. Samedi matin, appréhension au réveil. Qui a été élu ? Oserai-je l’avouer ? Ma préoccupation ne se rapportait pas tant aux résultats de nos élections qu’à la question de savoir si, au pays des ayatollahs, le vent du renouveau avait soufflé ou non. Le changement à la tête de l’Etat iranien, ou plus exactement la sortie de scène de Mahmoud Ahmadinejad, me paraissait plus à même d’impacter positivement nos vies – même si c’est sur le long terme -que les sièges remportés aux communales par tel ou tel autre de nos partis. A force de désillusions – dixit les 51% de taux de participation-, il devient surhumain de se passionner pour la chose politique sous nos cieux. La centralisation du pouvoir qui ramène l’essentiel des décisions à la plus haute autorité du pays, ces «militants», adeptes de la transhumance, qui passent d’une formation politique à l’autre sans aucune espèce d’état d’âme et surtout le sentiment persistant qu’on nous prend pour des ânes, tout cela érode fortement l’intérêt que l’on peut (et doit) avoir pour les rendez-vous électoraux nationaux. Rien qu’à voir, comme à la veille de chaque élection, le même scénario se répéter, à savoir ces réparations effectuées à la va-vite, des trous que l’on bouche et que la première pluie découvrira, on se dit que c’est irrécupérable ! Nous croit-on dupes à ce point ? Que voit-on de ces élus à qui nous donnons nos voix ? Du mépris, de la bêtise, de l’autisme ou les trois à la fois. Alors, dans l’attente du ou des hommes providentiels qui vont nous redonner la foi, nous refaire croire qu’il est possible de réformer le système et ses hommes, on regarde ailleurs, animé d’un espoir. L’espoir que l’enclenchement d’une dynamique de changement à l’échelle mondiale ferait bouger le chmilblik chez nous. La préoccupation relative aux résultats des élections iraniennes est à  comprendre dans cette perspective. Tout commence avec cet autre moment fort, ces présidentielles américaines qui ont permis l’arrivée à la tête de la plus grande puissance mondiale d’un homme issu de la race la plus bafouée de l’Histoire. Un Noir à la Maison Blanche. Cela pourrait être un titre de livre de contes pour adultes, ce fut, le 5 novembre 2008, celui de la une des principaux journaux de la planète. La réalité dépassait l’imagination. Certes, la conjoncture a donné son coup de pouce mais l’homme est sans conteste un être d’exception. Malgré son jeune âge (47 ans), Barack Obama fait preuve d’une pondération digne d’un vieux sage. Dans le même temps, il avance avec détermination sur les terrains les plus minés, réintroduisant le dialogue là où le langage de la force avait fait loi au cours de ces huit dernières années. Depuis le 11 Septembre et l’irruption sur la scène internationale du cataclysme Al Qaïda, les relations entre l’Occident et le monde musulman ont connu une détérioration digne des temps anciens. Les premiers à en pâtir ont été les démocrates de culture musulmane dont le discours est devenu totalement inaudible dans un espace travaillé par la colère et l’amertume. Comment en effet défendre le projet démocratique quand les valeurs de celui-ci sont ouvertement  bafouées par ceux-là mêmes qui en sont les officiels représentants? Irak, Palestine, Afghanistan, entre nous et eux cela n’est plus que brasiers de haine et gouffres d’incompréhension. Et voilà que surgit une figure où le nous et les eux se fondent. Il est Barack et Hussein, le fils du noir et de la blanche, de l’Afrique et de l’Amérique … Sa politique est celle de la main tendue. A ce monde musulman auquel une part de lui appartient, il dit qu’il n’est pas l’ennemi. Il va vers lui et se réfère à son texte sacré pour affirmer que le temps est venu de réapprendre à se parler et à se respecter. Il martèle sa volonté de trouver une solution juste au conflit israélo-palestinien et tient un discours d’une fermeté sans précédent à l’égard d’Israël. Il reconnaît la souffrance des Palestiniens et, dans sa manière de le faire, on sent qu’il l’entend, vraiment. Alors, du coup, tout le monde écoute.
Reste l’Iran et Mahmoud Ahmadinejad. Il aurait fallu que celui-ci parte pour donner toutes ses chances à l’apaisement des tensions entre musulmans et Occident. Mais il ne part pas. En Iran, la campagne présidentielle commencée dans l’allégresse a fini dans la répression. Le mot «révolution» est avancé par le candidat victorieux lui-même. L’opposition à Ahmadinejad dénonce la victoire de celui-ci et les manifestations font rage. Tout est encore possible. L’Iran a peut-être lancé sa troisième révolution. Mais, avec ou sans Mahmoud Ahmadinejad, le temps de l’espoir est peut être revenu. Ailleurs, et par ricochet, ici.