Le diplôme, atout ou handicap ?

Disposer d’un bon niveau initial reste un atout indispensable pour s’insérer dans le monde du travail. Les emplois de cadres sont largement réservés à  ceux qui sortent de l’enseignement supérieur. Même si tous les diplômes ne sont pas adaptés à  l’emploi, ils demeurent essentiels pour s’en faire ouvrir les portes.

Pas facile de décrocher un emploi à  la sortie du système universitaire. Saut dans l’inconnu, atterrissage en catastrophe, les expressions ne manquent pas pour décrire l’arrivée des jeunes sur le marché de l’emploi. Même bardés de diplômes, ils n’échappent pas à  la crise. Le taux de chômage des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur est élevé. Il ne cesse de grimper. L’emploi qualifié se raréfiant, on observe une tendance à  la dévalorisation du diplôme qui entretient, à  son tour, un sentiment d’inutilité du cursus universitaire. Pour un diplôme donné, les jeunes qui arrivent sur le marché du travail ont tendance à  accepter des rémunérations de plus en plus faibles pour des postes de moins en moins qualifiés. D’o๠sans doute cet autre argument : «la pléthore» de diplômés fait que ceux-ci sont de plus en plus condamnés à  des emplois dévalorisés.

Les étudiants seraient-ils alors trop nombreux par rapport à  l’état du marché du travail ? Depuis vingt ans, ce sont les emplois les moins qualifiés qui augmentent le plus vite. Il est paradoxal que, dans une jeune économie, le niveau de formation de la population et l’insertion dans le marché du travail ne suivent pas le même chemin. Il est encore plus paradoxal qu’experts et employeurs déplorent à  la fois la persistance de travailleurs de bas niveau de qualification et la croissance du nombre d’étudiants. Si les étudiants ne sont pas trop nombreux dans l’absolu, sont-ils, en revanche, dans les bonnes filières, celles qui proposent des formations porteuses d’emplois et qui sont cohérentes avec leur cursus dans le secondaire ? Malgré le développement dans de nombreuses universités, à  côté des filières généralistes, de filières professionnalisées, celles-ci n’accueillent qu’une faible minorité d’étudiants.

Le Maroc n’a pas résolu le problème de l’orientation à  l’entrée de l’enseignement supérieur. L’université, ouverte à  tous les bacheliers, connaà®t des taux d’échec élevés en premier cycle, de l’ordre de 50 %. Les réformes introduites depuis peu n’ont pas suffi à  remédier au problème. L’Allemagne et la Grande-Bretagne ont un système d’orientation beaucoup plus sélectif, avec un secteur ouvert et un secteur fermé qui s’articulent beaucoup mieux. En Espagne et au Portugal, il y a un examen national qui dirige les étudiants vers telle ou telle université. Dans tous ces pays, la régulation des flux à  l’entrée du supérieur est plus fine et plus précise qu’au Maroc. Ici, on ne confie pas à  l’université le soin de gérer la sélection et l’orientation. On ne la juge qu’à  l’aune de la formation. Faut-il alors envisager des systèmes de sélection et d’orientation plus rigoureux ? Mal acceptées par les étudiants, de telles mesures iraient à  l’encontre de la démocratisation de l’enseignement supérieur. Elles sembleraient également décalées dans une société o๠l’encadrement de haut niveau est encore insuffisant. En revanche, améliorer l’information des jeunes sur l’orientation, les filières et les débouchés professionnels, et ce dès le secondaire, est une véritable urgence. L’université apparaà®t souvent comme un monde opaque, hermétique. Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants ou de futurs étudiants ont des parents qui n’ont pas fait d’études supérieures. Ils ne peuvent donc pas s’informer auprès de leur famille. Et les organismes officiels ne remplissent visiblement que partiellement ce rôle.

La société s’émeut de voir un Bac + 5 rester au chômage. Elle s’interroge : la course au diplôme sert-elle encore à  quelque chose quand les créations d’emplois se font de plus en plus rares ? Oui. Disposer d’un bon niveau initial reste un atout indispensable pour s’insérer dans le monde du travail. Les emplois de cadres sont largement réservés à  ceux qui sortent de l’enseignement supérieur. Même si tous les diplômes ne sont pas tous adaptés à  l’emploi, ils demeurent essentiels pour s’en faire ouvrir les portes. Les milliers de jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans rien en poche se dirigent droit vers des périodes faites d’inactivité, de stages et de «petits boulots». Au total, un bon cursus scolaire reste un atout majeur pour une insertion qualifiante dans le marché du travail.