Le déplaisir de lire

Pourquoi écrit-on ? Cela peut être par habitude, qui tournerait à  la manie, dans laquelle on s’enfoncerait chaque jour davantage, de sorte qu’on deviendrait inapte à  toute autre activité.

Pourquoi écrit-on ? Cela peut être par habitude, qui tournerait à la manie, dans laquelle on s’enfoncerait chaque jour davantage, de sorte qu’on deviendrait inapte à toute autre activité. Ce démon-là a été exprimé par maints auteurs, avec des inflexions différentes. Montaigne écrivait pour combattre sa solitude, «Casanova» à seule fin de ragoûter par la plume des plaisirs désormais interdits, «Nerval» dans le but de vaincre son angoisse permanente. Barthes était mû par le besoin d’être aimé, Sartre ne se voyait pas autrement qu’écrivain, Beckett estimait qu’il n’était «bon qu’à ça». Quant à Scott Fitzgerald, il écrivait pour «mériter une petite immortalité». Le désir de célébrité à tout prix, dont le risque de déplaire au lecteur, voilà qui agite nombre de nos hommes de plume, au point de les transformer en graphomanes troussant, parfois, deux livres par an. Leur ambition est légitime, mais demeure inexauçable, tant ils font fi des «fondamentaux», pour parler comme les sportifs, de l’exercice littéraire. Pour écrire, il faut avoir auparavant copieusement, intensément vécu et, idéalement, beaucoup souffert. Ce qui, manifestement, n’est pas leur cas. En plus, ils semblent oublier que l’important est le style, l’usage singulier que chaque être fait des sinuosités que les événements impriment en lui. Du coup, le lecteur se retrouve le nez plongé dans des œuvrettes bêtes comme des râteaux, sans aucune étincelle ni la moindre chance de passer à la postérité. Jetez ces pavés !