Le client peut-il exiger de son avocat un jugement favorable ?

Malgré les apparences, les relations entres les juristes professionnels et leurs clients s’avèrent souvent orageuses, et ce, pour bien des raisons. L’avocat est un prestataire de service qui a l’obligation de moyens, et non de résultat… , ce que peu de gens intègrent dans la compréhension de la mission réelle de leur avocat.

Voltaire attribue la phrase «Que Dieu me garde de mes amis, mes ennemis je m’en charge» au Maréchal de Villars qui l’aurait dite en 1709. Selon Stobée, elle aurait été prononcée par Antigonos II, roi de Macédoine. «Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge !». Bref, les avis divergent sur l’auteur de cette maxime. Mais notre propos n’en est pas loin, car les avocats ont depuis longtemps adopté cette citation, avec toutefois une légère transformation ; et ça donne : «Seigneur, protégez-moi de mes clients ; quant à mes amis et mes ennemis ….pas de soucis !». En effet et malgré les apparences, les relations entres les juristes professionnels et leurs clients s’avèrent souvent orageuses, et ce, pour bien des raisons. L’avocat est un prestataire de service qui a l’obligation de moyens, et non de résultat…, ce que peu de gens intègrent dans la compréhension de la mission réelle de leur avocat. L’obligation de moyens impose donc à l’avocat d’user de toutes les voies de droit que la loi permet dans le but de satisfaire les désirs de son client ou défendre au mieux ses intérêts. Ces désirs sont très variés, passant du civil au commercial, sans oublier le pénal ou le social : sauf que le juriste ne peut jamais garantir un résultat à 100%, la décision finale revenant au magistrat en charge du dossier… Cette dernière donnée est celle qui complique les relations avocats/clients, ces derniers rendant leur avocat responsable de leurs déboires judiciaires en cas de condamnation. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent pour illustrer ces situations, pour le moins ubuesque.

Ainsi, tel avocat, après des années de procédure en faveur de son client, des dossiers gagnés, d’autres perdus, des heures de travail, des dizaines d’audiences et un travail titanesque, se retrouve poursuivi par le même client qui l’accuse désormais d’avoir touché des honoraires exorbitants. Pendant donc des années, ce client a payé des frais, taxes, et autres émoluments, afin de faire avancer ses dossiers. Et finalement, le tribunal ne lui a pas donné entièrement gain de cause, ne partageant son analyse de la situation que partiellement. Chacun est donc dans son rôle : le plaignant qui s’estime lésé ; l’avocat qui tente de faire valoir (arguments juridiques à l’appui) le point de vue de son client et le magistrat qui va statuer en son âme et conscience en fonction des éléments dont il dispose.

Sauf que le client, mécontent du jugement rendu, dépose une plainte contre son avocat qu’il accuse, entres autres, de négligence, manque de diligence et abus de taxation d’honoraires. Rien que ça ! Le marathon judicaire peut commencer, il faut s’accrocher.

Soumise au Conseil de l’ordre, la plainte sera classée sans suite, après que l’avocat concerné a produit les documents attestant qu’il a bien engagé toutes les procédures possibles, et qu’aucun manquement ne peut lui être reproché aussi bien sur le plan déontologique que professionnel.

Sauf que le plaignant a le bras long, et quelques coups de fil plus tard, voilà le parquet général qui s’en mêle (ou s’emmêle, au choix) et décide de relever appel de la décision de classement prise par le Conseil de l’ordre, demandant, dans la foulée, (et pourquoi se gêner ?) la radiation pure et simple de l’avocat concerné ! Pour lui faire plaisir un peu (les magistrats sont tous solidaires), la Chambre du conseil annule la décision de classement, et renvoie l’affaire devant le bâtonnier…qui reprend à nouveau la décision de classer le dossier, estimant qu’il est vide et ne contient rien de sérieux dans les allégations du client mécontent.
Lequel, ne s’avouant pas vaincu, convainc à nouveau le procureur d’intervenir, ce qu’il fait.
Deuxième passage devant la Chambre du conseil qui décide cette fois que la plaisanterie a assez duré (solidaires d’accord, mais pas obtus, ni ignares) : non seulement elle rejette l’appel l’estimant infondé, mais elle confirme la décision prise par le bâtonnier, fustigeant au passage l’intervention abusive du parquet.

Les anecdotes concernant les difficiles relations entre le client et son défenseur font donc partie des us et coutumes de la profession de juristes, mais n’en demeurent pas moins parfois bien irritantes.