Le challenge de la COP 22

Un vrai challenge attend le Maroc, pays hôte, et les pays participants. Il est indispensable d’agir au cours des quinze prochaines années afin de stabiliser, puis de réduire les émissions.

La 22e conférence des parties (COP 21) de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de 2016, se tiendra à Marrakech en novembre 2016. Elle aura aussi pour mission de «développer des outils opérationnels pour l’atténuation aux effets du changement climatique et l’innovation en matière d’adaptation». Cette échéance est cruciale dans la mesure où la COP21 a abouti à un accord international sur le climat, applicable à tous les Etats dans l’objectif de maintenir le réchauffement en deçà de 2° C – les conséquences sur l’environnement étant, au-delà de cette limite, évaluées comme potentiellement catastrophiques. Deux types de mesures sont, en effet, nécessaires pour faire face aux changements climatiques: des mesures d’atténuation et d’adaptation. Les mesures d’atténuation permettent de limiter les changements climatiques tandis que l’objectif des mesures d’adaptation est de réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et socioéconomiques et ainsi de faire face aux changements climatiques à moindre coût. Un vrai challenge attend le Maroc, pays hôte, et les pays participants. Il est indispensable d’agir au cours des quinze prochaines années afin de stabiliser, puis de réduire les émissions, pour essayer d’atteindre l’objectif international consistant à limiter la hausse de la température mondiale à moins de 2° C. Ou bien le monde sera condamné à un futur où règnent une pollution grandissante et une aggravation du changement climatique, ou bien il empruntera une trajectoire de développement plus durable et sobre en carbone, qui accroît la résilience et commence à freiner le processus d’accumulation des risques climatiques et, à terme, l’inverser.

La lutte contre les changements climatiques présente deux volets complémentaires : l’atténuation des émissions des gaz à effet de serre et l’adaptation aux impacts des changements climatiques. Elle demande donc à mettre en place des actions qui réduisent les émissions de gaz à effet de serre, mais également des actions qui augmentent la résilience des systèmes naturels et socioéconomiques aux changements futurs du climat. Ce volet d’adaptation des sociétés et des systèmes aux changements climatiques doit être envisagé dès à présent pour deux raisons essentielles. Primo, même si les émissions de gaz à effet de serre étaient réduites à zéro, il serait inévitable de subir certains impacts des changements climatiques du fait de l’inertie de la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre et du temps de réponse du système climatique. Secundo, les coûts des changements climatiques augmenteront dans le temps sans mise en place de mesures d’adaptation.

Cependant, la mise en place de mesures d’adaptation demande à gérer leurs caractéristiques spécifiques et en premier lieu leur caractère local. Celui-ci a des conséquences sur les incitations nécessaires à mettre en place auprès des agents, ainsi que sur le financement des mesures. Il rend difficile la standardisation des mesures et oblige à adapter chaque territoire à des impacts climatiques particuliers par des mesures ad hoc. Deuxième difficulté à la mise en place des politiques d’adaptation, le contexte de grande incertitude qui règne à la fois sur les conditions climatiques futures et leur impact sur nos sociétés. Le choix des mesures d’adaptation passe par leur hiérarchisation. Les pouvoirs publics ont ici un rôle majeur à jouer dans le choix des mesures d’adaptation et dans l’incitation à adopter des mesures d’adaptation pro-actives. Ces dernières nécessitent en effet de disposer d’informations sur les indicateurs hydro-climatiques pertinents et leurs évolutions futures à l’échelle régionale, les impacts biophysiques, les vulnérabilités socioéconomiques, les options d’adaptation possibles et les barrières qui empêchent leur mise en œuvre. Or, l’amélioration de la résolution spatiale des modèles climatiques globaux ainsi que la mise à disposition de l’information climatique disponible ne peuvent pas avoir lieu sans un soutien public massif. Le point le plus problématique à l’heure actuelle reste le financement des mesures d’adaptation. A l’échelle internationale, des mécanismes pour aider les pays les moins avancés sont en train d’être mis en place et la question des canaux de distribution des aides financières reste un point important à éclaircir. Mais il est nécessaire dès à présent d’incorporer des incitations à l’adaptation dans les financements de nouveaux projets. Les capitaux publics n’y suffiront pas et il sera nécessaire de trouver des mécanismes pour attirer des financements privés.

Bien des réformes politiques et institutionnelles seront nécessaires pour simultanément dynamiser le développement et réduire le risque climatique. Elles ne seront pas faciles  à mettre en œuvre. Trois leviers de réformes sont la clé pour générer les bienfaits économiques, sociaux et environnementaux : les villes, l’utilisation des terres et les systèmes énergétiques. Ces réformes entraîneront des coûts et des arbitrages et confronteront les décideurs à de difficiles problèmes de gouvernance. Il n’existe pas de formule ou programme de réforme à la fois simple et universel.  Chaque pays relèvera différemment le défi du changement climatique et du développement, en fonction de ses niveaux de développement économique, humain et institutionnel, de ses structures sociales et politiques, de son histoire, de sa position géographique et de ses richesses naturelles.