Le Budget sous une approche «genre»

Le constat global qui se dégage est que les ressources humaines et financières affectées à  cette initiative sont encore limitées
par rapport à  leur double objectif politique (égalité femmes/hommes) et opérationnel (mainstreaming/transversalité).

Depuis quelques années, des initiatives ont été conduites dans divers pays sur la gendérisation du Budget. Le Maroc s’est inscrit dans cette dynamique, dans un contexte o๠les réformes institutionnelles et celles des finances publiques offraient une opportunité pour cette perspective. Cette louable initiative exprime une prise de conscience de la problématique des écarts entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et les lacunes en matière de gouvernance et de développement économique et social du pays. Les Budgets national et local peuvent prétendre – sous certaines conditions – à  être un levier de formulation des priorités en matière d’équité de genre. Cet engagement en matière de budgétisation sensible au genre reflète également les efforts entrepris pour atteindre une meilleure allocation des ressources et contrôler l’orientation des dépenses de l’exercice budgétaire vers les priorités des femmes.
Parce qu’elle est nouvelle, il est difficile d’évaluer l’impact de l’initiative Budget-genre sur les conditions de vie de la population. L’implication de plus en plus étendue des départements ministériels dans cette expérience et l’augmentation du nombre des actions engagées sur les processus de budgétisation dans le but de promouvoir l’égalité femme-homme, sont des indicateurs de potentiel de cette démarche. Plus important encore, cette nouvelle façon d’analyser les dépenses et les recettes publiques permet de catalyser des alliances nouvelles entre des acteurs qui plaident pour l’analyse genre (gouvernements ; institutions de recherche, société civile…). La nouvelle initiative contribue aussi à  une plus grande transparence et une responsabilisation des processus de budgétisation. Toutefois, de l’expérience en cours, on peut dégager un certain nombre d’observations susceptibles de la renforcer. Cet effort a conduit à  un meilleur accès à  l’information nécessaire à  l’examen des budgets mais il reste beaucoup à  faire pour collecter des données désagrégées plus précises, conceptualiser des outils pour mieux comprendre l’aspect «dépenses» mais aussi l’aspect «recettes» des budgets et renforcer l’analyse genre pour les budgets. Le constat global qui se dégage est que les ressources humaines et financières affectées à  cette initiative sont encore limitées par rapport à  leur double objectif politique (égalité femmes/hommes) et opérationnel (mainstreaming/transversalité). Si des progrès sont visibles, l’effet des mécanismes genre sur la prise en compte des besoins différenciés des femmes et des hommes dans les politiques et les programmes sectoriels reste globalement faible. Les diagnostics des différents départements ministériels confirment l’hypothèse selon laquelle les mécanismes de gendérisation des budgets sectoriels impactent encore faiblement les stratégies transversales d’intégration du genre, et que l’essentiel de leur action se situe toujours dans une approche «projet pour les femmes». Souvent, la dimension transversale s’est limitée à  la mise en place de points focaux genre et à  la mise en Å“uvre et au suivi des programmes/projets spécifiques pour les femmes, à  l’intérieur des secteurs. L’expérience permet aussi de confirmer la nécessaire complémentarité entre les activités transversales et les actions spécifiques pour le genre/les femmes. Il est évident que les deux axes d’intervention sont vitaux pour une diminution effective des inégalités de genre. L’approche verticale «femme» a sans aucun doute des limites.
La mise en place du dispositif de l’intégration du genre dans les politiques sectorielles et les budgets ne doit pas faire perdre de vue l’objectif et les enjeux de la stratégie: la réduction des inégalités de genre. Pour les mécanismes genre, l’enjeu est de consolider cette initiative par une stratégie qui rende plus explicite la transversalité du genre. Tout le défi est de mettre en exergue le rôle politique (en termes de justice sociale, d’égalité) et de catalyseur (appui technique) que doivent jouer les mécanismes nationaux (mainstreaming), dans les processus nationaux de budgétisation.
Par ailleurs, les initiatives, programmes ou projets sont le plus souvent soutenus par des bailleurs internationaux. Cette situation est problématique en termes de durabilité et de gouvernance. Elle contribue à  la vision encore très répandue du «genre qui vient de l’extérieur». Enfin, l’expérience a mis en évidence que, parfois, les résistances institutionnelles sont plus fortes que les résistances culturelles. Quand les personnes sont sensibles aux questions de genre, les procédures sont facilement modifiées et le changement des mentalités est plus durable que le changement des procédures. Il est donc salutaire de préconiser une approche multi-acteur et multi-niveau. Le succès souhaitable de cette expérience repose sur la collaboration entre trois acteurs : des élus qui souhaitent la réforme au niveau national/local ; des institutions gouvernementales qui fonctionnent, avec un personnel engagé et compétent ; une société civile et des communautés actives et informées.