Le bonheur est dans le livre

Vice innocent mais implacablement proscrit par les faux dévots et les pharisiens de tout poil, la lecture a ses fervents, qui s’évertuent à répandre la bonne parole. Ainsi, Danièle Sallenave, soutenant, dans son remarquable essai, «Le don des morts», la thèse selon laquelle l’unité et la profondeur de toute vie sont dans l’appui et la force que lui donne la fréquentation des livres. Autre chantre de la lecture, bien que peu orthodoxe : Daniel Pennac. Au fil de son ouvrage, «Comme un roman», il dresse le décalogue du lecteur (le droit de ne pas lire, de sauter des pages, de ne pas finir un livre, de relire, de lire n’importe quoi, le droit au bovarysme, le droit de lire n’importe où, de grapiller, de lire à haute voix, de se taire), et rappelle une évidence qu’on voudrait voir inscrite au dos de tous les livres : «Le temps de lire est toujours du temps volé. Tout comme le temps d’écrire, d’ailleurs, ou le temps d’aimer». A quoi il faudrait peut-être ajouter que lire est comme l’amour : moins on le fait, plus on en parle. Pierre Dumayet le fait et en parle en gourmet dans «Autobiographie d’un lecteur». Il y raconte, d’abondance, son commerce des auteurs, sa boulimie des livres, aussi bien les sots que les brillants, car le bonheur ne se rencontre pas que sur les sommets. Et ce bonheur est fait surtout de fidélité aux livres lus : «Relire est aussi naturel qu’aimer. Les personnes qui n’aiment pas relire les livres qu’elles ont aimés me font penser à un fat qui dirait d’une femme : Je l’ai déjà lue». A lire, à relire et à méditer profondément en cette période estivale propice à la (re)lecture.