Le Bon Dieu a-t-il vraiment besoin de tout cela ?

La liberté des uns s’arrête la où commence celle des autres mais, au nom de Dieu, certains estiment que leur liberté va plus loin que celles des autres. Et c’est pénible à  la longue.

Ramadan et la canicule, c’est vraiment un super plan ! Une espèce de ground zero neuronal. La vie continue, on se lève chaque matin, on travaille, ou du moins on fait semblant, mais la machine tourne à vide. Les «m’ramdnines» n’ont même plus la force de se mettre en colère, c’est dire ! Or, voilà que la rentrée s’annonce. Les embouteillages en attestent, mais c’est bien le seul indice. Avec 40° à l’ombre et le ventre creux, l’esprit est comme ces boxeurs étalés de tout leur long sur le ring, il déclare forfait. Sa vivacité, il ne la retrouve qu’au soleil couché, une fois la chaleur tombée et le corps sustenté. Ce qui, avouez-le, fait un peu tard pour démarrer une journée. Alors une rentrée…

Pour cette première chronique post-vacances, vu l’état d’apesanteur ambiant, ne soyez pas étonnés que l’inspiration ait été se nourrir ailleurs, que la pêche aux news se soit faite hors frontières. Mais que l’on se rassure ; même si la ligne a été lancée en eaux internationales, la prise remontée est couleur locale. A se mettre sous la dent, il y avait, bien sûr, le dossier de l’été, celui d’un Sarkozy qui expulse les Roms à tour de bras et veut déchoir de leur nationalité les Français d’origine étrangère coupables de crimes à l’encontre d’agents de l’autorité. Cela nous touche car certains de nos jeunes peuvent se retrouver concernés. Mais, sur cette affaire, tant l’ONU que le pape se sont exprimés, n’hésitant pas à remonter les bretelles au pays qui se veut celui des droits de l’homme, alors une indignation de plus ou de moins … En butinant dans la presse internationale, c’est plutôt cette info, rapportée par la correspondante du journal Le Monde aux USA, qui a retenu l’attention de votre servante. Aux USA, une de nos compatriotes naturalisée américaine, Imane Boudlal, fait parler d’elle en raison de la partie de bras de fer qui l’oppose au parc d’attractions californien de Disneyland. La cause : un foulard blanc. La dame a émigré aux USA, il y a cinq ans. Elle travaille à Disneyland depuis deux ans en tant qu’hôtesse, d’où le port d’une tenue spécifique. Depuis juin, elle négocie avec son employeur le droit de couvrir ses cheveux d’un foulard. Les responsables du parc lui ont proposé un bonnet surmonté d’un chapeau western, le thème du cadre où elle travaille. Trouvant l’alternative «ridicule», Imane l’a refusée. Le 15 août dernier, passant outre le refus de ses employeurs, elle prenait son service, un foulard sur la tête. Estimant que l’employée ne respectait pas le «look Disney», la direction lui a demandé soit de retirer son foulard, soit d’être affectée à un poste en coulisses. Mais Imane a rejeté les deux possibilités. Le lendemain, elle revenait, à nouveau coiffée de son couvre-chef. L’entrée lui a alors été refusée. Le 18 août, Imane Boudlal déposait plainte pour discrimination. La Californie du Sud hébergeant une des communautés musulmanes les plus importantes des USA, elle a aussitôt bénéficié du soutien à la fois du syndicat des employés de l’hôtellerie de Disneyland et de l’association américano-islamique CAIR. Ses défenseurs l’appuient en soutenant que Disney a l’obligation de tenir compte des pratiques religieuses de ses employés, Disney rétorque que «les employés sont prévenus qu’à chaque rôle correspond un costume spécifique qui n’autorise pas non plus une croix visible, une kippa, ou un turban». Par contre, en coulisses, précise-t-il, les tenues à caractère religieux ne posent pas de problème.

Cette «affaire du voile» version US  est de celles qui donnent du grain à moudre à ceux qui perçoivent l’islam comme une religion totalitaire. Forte des soutiens dont elle dispose, Imane s’offre le luxe de l’intransigeance. Or non seulement son employeur lui a proposé des alternatives qui lui permettent à la fois de conserver son emploi et de couvrir ses cheveux  mais de plus son argument est parfaitement recevable. Il est en effet de son droit de vouloir protéger son look. Disney étant l’un des symboles de la culture occidentale, nous sommes en plein dans une affaire de confrontation d’images. Sans être des racistes invétérés, on peut comprendre que face à des histoires telles que celle-ci, certains Occidentaux puissent se sentir  excédés. Vous avez là quelqu’un qui n’est chez vous que depuis peu et qui vous accuse de discrimination parce que vous ne le laissez pas exhiber sa différence alors que lui-même refuse de prendre en compte vos impératifs, ici en l’occurrence la protection d’un label. Imaginons qu’Imane ait été hôtesse de l’air sur un avion de Royal Air Maroc et qu’elle ait débarqué un beau matin en hijab. Il y a fort à parier qu’elle aurait été «débarquée» dans la minute et sans état d’âme, la compagnie ayant une tenue que chacun de ses employés a le devoir de respecter. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres mais, au nom de Dieu, certains estiment que leur liberté va plus loin que celles des autres. Et c’est pénible à la longue, comme ce Ramadan à 40° à l’ombre qui met toute l’économie d’un pays en état de coma. Le Bon Dieu a-t-il vraiment besoin de tout cela !