Le «socialement responsable» tiendra-t-il ses promesses ?

Les entreprises nationales peuvent bien adopter
des chartes ou des codes éthiques… ces déclarations resteront sans suite. A la limite, les labels qui certifient
les produits sont recherchés. L’accès au marché mondial exige que l’entreprise respecte un cahier des charges précis et soit auditée par un cabinet extérieur. Mais les labels environnementaux ou sociaux ne sont pas encore entrés dans les mÅ“urs.

Et un rendez-vous de plus… Le 1er et le 2 décembre, à  Skhirat, la Direction des investissements étrangers organise une conférence o๠se retrouveront des ministres, des syndicalistes, des universitaires, des économistes, des patrons, des consultants, etc. Tous réunis autour du concept – désormais – fédérateur de la «responsabilité sociale» des entreprises. Tout le monde en parle, tout le monde en veut. Bref, il faut en être. Pas une semaine ne se passe sans que ce nouveau thème ne soit abordé par les médias. Et s’il s’agissait seulement de discours, de colloques ! Ailleurs, les acteurs concernés n’en sont plus aux appels solennels. La panoplie est beaucoup plus étoffée : observatoires, sites Internet, fonds de gestion, études, tests et classements, audits,… Qui reconnaà®trait d’ailleurs ses petits dans la tribu des aficionados ? Le temps o๠l’éthique n’intéressait que les militants, souvent religieux, est bien révolu. La conversion des chefs d’entreprise est réelle. Prudente, certes, mais l’engouement est au rendez-vous. Ils ont compris qu’il est tout à  fait possible de combiner les intérêts économiques de leurs affaires et l’investissement socialement responsable.

Ici nous en sommes encore à  nous poser des questions. De quoi s’agit-il ? De quoi parle-t-on ? Mode ? Effet de paillettes ? Ou lame de fond ? Le terreau des entreprises marocaines fera-t-il bon accueil à  cette démarche ? Dans le monde anglo-saxon ou latin, un certain nombre d’éléments objectifs sont allés dans le sens de son adoption. Les entreprises sont en effet à  la recherche de nouvelles formes de régulation afin de mieux répondre à  la contestation actuelle dont les formes, elles aussi, se modifient : courants antimondialisation, boycottage, activisme actionnarial. Dans ces contrées, il est clair qu’il existe aujourd’hui une réelle sensibilité de l’opinion des cadres d’entreprise à  des questions d’avenir qui sont, pêle-mêle, liées à  l’avenir de la planète, à  la transparence de la politique et de la justice, aux excès du capitalisme financier trop axé sur le court terme. La démarche dispose également d’une autre justification, cette fois-ci économique, avec la montée en régime de l’épargne de long terme via notamment l’épargne salariale.

Mais ici, chez-nous, l’entreprise marocaine a encore des preuves à  faire dans le respect des principes élémentaires de la responsabilité sociale : le paiement des impôts, l’application des droits des travailleurs, la conformité aux règles de la concurrence loyale, etc. Alors, les codes de conduite, les labels, les normes, la notation, tous ces nouveaux outils de la responsabilité sociale sont encore loin d’être compris, a fortiori assimilés et acceptés. Les entreprises nationales peuvent bien adopter des chartes ou des codes éthiques… mais ces déclarations unilatérales resteront sans suite. A la limite, les labels qui certifient les produits sont recherchés. L’accès au marché mondial exige que l’entreprise respecte un cahier des charges précis et soit auditée par un cabinet extérieur. Mais les labels environnementaux ou sociaux ne sont pas encore entrés dans les mÅ“urs.

Pour autant, ce serait aller trop vite en besogne d’imaginer que la partie ne nous concerne pas. La volonté affirmée des entreprises d’aller plonger les mains dans la mécanique sociale relève du pari. Un pari compliqué évidemment. S’il est à  relativiser, le bouillonnement actuel doit néanmoins être encouragé. Dans l’espoir de voir – un jour, pas très lointain- que des groupes publient des rapports environnementaux («rapports verts») ou des rapports sociaux. Qu’un bilan social annuel devient obligatoire pour les entreprises d’une certaine taille. Que la notation se développe. Les entreprises vont-elles jouer le jeu, même si elles disent pouvoir y trouver leur intérêt ? Tous les acteurs économiques attirés par ce marché en développement vont-ils réussir à  s’entendre pour harmoniser évaluations et recommandations ? Et les organisations syndicales qui estiment avoir un rôle à  tenir dans la définition et le respect de tous ces beaux principes vont-elles finir par dialoguer sur ces questions ? Aujourd’hui, les interrogations sont encore trop nombreuses pour préjuger du succès ou de l’échec du «socialement responsable». On ne peut que formuler une prière : «Wa quol iimalou, fa sa yara allahou amalakoum wa al mouminoun»