L’avenir de nos retraites

Pour que le relèvement de l’à¢ge de la retraite
porte ses fruits, certaines conditions doivent être réunies : une croissance économique donnant aux plus à¢gés le sentiment qu’ils peuvent rester sans empêcher
les jeunes d’accéder à  l’emploi ; l’intéressement
des salariés continuant à  travailler par une amélioration de la pension ; des conditions de travail moins pénibles
en fin de carrière.

La concertation engagée par le gouvernement avec les syndicats sur le dossier des retraites entre dans une phase importante de son parcours. On en connaà®t l’équation : face aux évolutions démographiques, qui vont se traduire par une progression du nombre de personnes de plus de 60 ans en pourcentage de la population totale, il faudra soit allonger la durée de vie active, soit réduire le montant des pensions, soit augmenter le montant des cotisations. Verser des retraites, c’est transférer des richesses des actifs occupés vers des inactifs. Toute modification du rapport entre le nombre des premiers et celui des seconds vient donc bouleverser l’équation des retraites. Le système actuel a réussi, tant bien que mal, à  établir une solidarité intergénérationnelle. Bâtie sur une logique de répartition, chaque génération finance les retraites de celle qui l’a précédée, en espérant que la suivante fera de même. Mais ce système est arrivé à  saturation et les déséquilibres financiers risquent de s’accumuler en brouillant l’avenir de nos retraites.

Si on laisse de côté les problèmes de gouvernance des caisses, la mécanique productrice de déséquilibres est simple à  comprendre. Les revenus des actifs finançant les pensions des retraités, l’équilibre du système dépend donc de l’évolution du rapport entre la masse salariale distribuée et les pensions de retraites dues pour une même période. La masse salariale varie en fonction du nombre de salariés actifs et du niveau de leur rémunération, tandis que la masse des pensions est liée au nombre de retraités et des règles de calcul des pensions. Or, le nombre de retraités devrait s’accroà®tre fortement dans les années à  venir. De plus, la bonne nouvelle que constitue la progression de l’espérance de vie allonge la durée de versement des pensions. Quant au nombre d’actifs occupés, il varie en fonction de l’âge d’entrée des jeunes dans la vie active (que retarde l’allongement de la durée des études), de l’âge de départ à  la retraite ou de l’évolution des taux d’activité féminins.

Sans entrer dans le détail des chiffres qui pourraient varier dans l’avenir, notamment en fonction du niveau de la croissance, les négociations ont ouvert des pistes pour ce chantier qui sera, à  coup sûr, un des dossiers les plus importants sur lesquels le gouvernement aura à  trancher avant la fin de sa législature. La Primature se déclare favorable à  une élévation de l’âge d’activité à  65 ans; c’est une manière indirecte d’allonger la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à  taux plein. Cette proposition part du fait que, en pratique, la majorité des salariés partent aujourd’hui à  la retraite à  l’âge de 60 ans.

Le relèvement de l’âge de départ à  la retraite peut s’avérer incontournable pour l’équilibre à  long terme du système. Mais le pari de cette mesure suppose de faire évoluer progressivement les comportements sociaux. Pour cela, quatre conditions doivent être réunies : une croissance économique qui donnerait aux plus âgés le sentiment qu’ils peuvent rester dans l’activité sans empêcher les jeunes d’accéder à  l’emploi ; il faudrait ensuite intéresser les salariés continuant à  travailler en leur permettant de bénéficier d’une pension améliorée à  leur départ ; il faudrait enfin rendre moins pénibles les conditions de travail ou donner aux salariés ayant travaillé dans des secteurs difficiles des possibilités de reconversion en fin de carrière, afin qu’ils ne vivent pas une poursuite de leur activité comme un fardeau.

Aller dans ce sens permettrait à  la fois d’élever le taux d’activité et donc le ratio entre actifs et inactifs, limitant d’autant le besoin de diminuer les pensions ou d’élever les cotisations. Cela permettrait également d’aller vers une plus grande individualisation en matière de date de départ à  la retraite, à  laquelle aspirent de nombreux salariés, sans pour autant casser la logique de solidarité introduite par le système actuel de retraite par répartition. Une telle évolution nous rapprocherait des modèles de retraite les plus performants. Restera à  mettre des chiffres derrière tout cela et à  trouver des compromis avec les syndicats. Les difficultés sont encore à  venir.