L’attractivité de l’économie marocaine en doute

A la présence du Maroc parmi les tout premiers pays d’accueil des investissements étrangers dans le monde arabe répondent ainsi des inquiétudes légitimes sur sa capacité à conserver sur son territoire les entreprises étrangères qui y sont installées ou des critiques parfois acerbes sur l’environnement institutionnel, fiscal ou social des entreprises dans notre pays.

La libéralisation et l’ouverture de l’économie nationale, qui s’est considérablement accélérée depuis le milieu des années 1980, conduisent désormais les pouvoirs publics à intervenir moins directement qu’auparavant dans le soutien aux entreprises et à privilégier davantage la constitution d’un environnement favorable au maintien ou à l’implantation d’établissements. Les termes du débat public se sont ainsi déplacés : à la question de la compétitivité des entreprises, désormais assujetties aux règles mondiales de la concurrence, s’est progressivement ajoutée celle de l’attractivité des territoires, dans un contexte de beaucoup plus grande mobilité des capitaux. En réalité, les deux notions d’attractivité et de compétitivité sont complémentaires, une zone très compétitive ne pouvant qu’attirer les capitaux, les activités et les compétences en quête de dynamisme économique.
Les montants de flux d’investissements directs étrangers (IDE) constituent la seule mesure possible aujourd’hui pour approcher l’attractivité de l’économie marocaine en termes de résultats quantitatifs. Il est toutefois nécessaire de bien préciser ce que ces données recouvrent exactement. Les IDE sont très fluctuants d’une année à l’autre, alors que les déterminants de l’attractivité sont normalement de nature beaucoup plus stable. Une année donnée peut être perturbée par une ou deux opérations d’une taille exceptionnelle qu’il ne faudrait pas confondre avec une variation brutale de l’attractivité d’ensemble de l’économie. Depuis plusieurs années, des appréciations sensiblement divergentes sont régulièrement émises sur la capacité du Maroc à attirer les investisseurs étrangers. A la présence du Maroc parmi les tout premiers pays d’accueil des investissements étrangers dans le monde arabe répondent ainsi des inquiétudes légitimes sur sa capacité à conserver sur son territoire les entreprises étrangères qui y sont installées ou des critiques parfois acerbes sur l’environnement institutionnel, fiscal ou social des entreprises dans notre pays. Ce constat, ambiguë, exprime l’intense compétition qui oppose notre pays à d’autres régions du monde pour l’accueil des capitaux. Cela justifie de procéder à un examen le plus lucide possible de nos forces et de nos faiblesses en la matière, en s’appuyant en particulier sur les motivations qui guident les entreprises dans le cadre de leur stratégie de localisation.
On constate, en effet, une très grande diversité parmi les motivations, les modalités et les stratégies des entreprises et il n’est pas possible, pour une économie donnée, de les concilier toutes : certaines activités sont ainsi essentiellement à l’affût de coûts les plus bas possibles ; d’autres sont à la recherche d’une main-d’œuvre hautement qualifiée ou de marchés à haut niveau de pouvoir d’achat ; des entreprises, enfin, ont davantage besoin d’infrastructures ou d’un environnement technologique dont la réalisation et l’entretien rendent inévitables un niveau non négligeable de dépenses publiques. Définir une stratégie en matière d’attractivité de l’économie marocaine n’a de sens que si celle-ci procède, d’abord, à des choix clairs : quels secteurs d’activité et quels types d’entreprises privilégier ? Dans le cadre d’une démarche conforme à la théorie des «avantages comparatifs», notre pays doit aujourd’hui se concentrer sur le renforcement dans la durée de ses qualités – voire à la création de nouveaux atouts – en veillant, bien entendu, à remédier à ses faiblesses dans d’autres domaines, de manière à ce qu’elles ne soient pas disqualifiantes. Dans cette perspective, il faut pouvoir disposer, à l’instar d’autres pays, d’une batterie d’indicateurs permettant de juger objectivement de la situation du Maroc et de l’efficacité des politiques publiques au regard de l’attractivité, dans une perspective tant dynamique que comparative. C’est sur la base de cette évaluation de nos forces et faiblesses que des rencontres périodiques entre l’Etat, les partenaires sociaux, des experts, des élus devraient permettre d’acter les résultats obtenus et envisager les mesures à prendre pour conforter les progrès réalisés et pallier les insuffisances