L’angoisse des Tihadis

Encore une fois, l’USFP est le réceptacle de toutes les interrogations qui harassent la gauche marocaine, et cette fois il faudra bien que le parti tente d’y répondre, parce qu’il n’y a pas de combat de chefs en toile de fond pour occulter les enjeux réels.

Le VIIe congrès de l’USFP est chargé de tous les espoirs. La direction politique de ce parti a pris l’habitude de renvoyer toutes les questions à ce congrès. Ainsi les congressistes devraient, pêle-mêle, trancher le débat sur la participation gouvernementale, la stratégie d’alliances, l’union de la gauche et bien d’autres questions.
Il n’en sera rien. Les débats internes actuels prennent une bien autre tournure. Les usfpéistes ont des bleus à l’âme et le font savoir. Le départ d’Amaoui et la démission de Youssoufi ont fortement atténué les clivages autour d’individus. Les militants se rendent compte que ces batailles de clans ont fonctionné comme une feuille de vigne et qu’elles ont longtemps caché une véritable indigence au niveau politique.
C’est le premier congrès de l’USFP qui se prépare sans clivage. La base cherche réellement autre chose. Ainsi, plusieurs plates-formes sont en circulation, aucune ne prétend à un leadership, toutes se réclamant de la nécessaire ouverture du dialogue. La redéfinition de l’identité du parti, les réponses aux questions sociales, l’approche des alliances, le fonctionnement de l’organisation, chacun y va de ses propositions. Encore une fois, l’USFP est le réceptacle de toutes les interrogations qui harassent la gauche marocaine, et cette fois il faudra bien que le parti tente d’y répondre, parce qu’il n’y a pas de combat de chefs en toile de fond pour occulter les enjeux réels.
Pourtant, il y a matière à un duel de ce genre. Lors de son VIe congrès, l’USFP a adopté un nouveau code organisationnel. Celui-ci stipule que les membres du bureau politique ne peuvent prétendre à un troisième mandat étant entendu que tous les mandats antérieurs au VIé congrès comptent pour un mandat. Cela signifie que 4 cadors devraient être inéligibles au bureau politique :Mohamed El Yazghi, Abdelouaged Radi, Fathallah Oualalou et Mohamed Guessous – excusez du peu.
Le code organisationnel est de toutes les manières déjà violé. Taïeb Mounchid, secrétaire général de la FDT, devrait démissionner du bureau politique.
Au moment où un débat national s’engage sur les partis, il serait opportun de réfléchir sur les relations qu’entretient le parti qui entend diriger l’édification de l’Etat de droit avec ses propres lois.
Pourtant, pas un seul Tihadi n’entend mener le combat sur ce terrain- là. Les militants sont formels. «Ce n’est pas du fétichisme mais ces hommes ont symbolisé une période qui ne finit pas d’en finir, il n’est pas question de réclamer leur départ par pur formalisme juridique, mais il n’est plus question d’adopter des règles pour ne les appliquer que dans le but d’’élimination de x ou y», affirme un jeune militant, c’est-à-dire un monsieur de 35 ans; l’USFP ne faisant plus recette chez les vrais jeunes.
Cette question sera donc tranchée lors du congrès par l’adoption de nouvelles règles, cela fait très sous-développé, mais personne n’en a cure. Les militants veulent un vrai débat. D’abord sur la période historique et sa qualification, ensuite sur la stratégie du parti. Des questions annexes comme l’union de la gauche, la stratégie des alliances ou le clivage face à l’intégrisme ont plus d’écho chez les militants que les futurs nominés. C’est une véritable information : pour la première fois le congrès de l’USFP ne se joue pas entre clans.
Cela signifie-t-il que ce processus ira jusqu’au bout et permettra la rénovation conceptuelle de l’action de l’USFP ? Tout le monde en doute et en particulier les cadres du parti. «Le vrai débat est émasculé par les participationnistes par principe. Ainsi le parti est absent sur le débat constitutionnel qui était l’un des fondements de son action, il s’est allié aux intégristes qu’il dénonçait comme responsables du 16 mai, il appuie toutes les propositions sur le Sahara alors que sa direction a fait de la prison pour cela, il tire fierté des privatisations qu’il a combattues, sa presse est à l’agonie, ses structures ne fonctionnent pas. Ou le congrès s’élèvera au niveau de ces défis ou l’USFP ira à la catastrophe». C’est l’un des piliers du parti qui s’exprime ainsi.
L’une des idées qui fait son chemin est celle des courants. La bonne nouvelle c’est que ceux qui la défendent ne se considèrent pas comme un courant, mais tous aimeraient qu’un vrai débat d’idées s’engage au sein de leur parti.
S’il y a quelque chose à retenir de ces balbutiements, à l’USFP, c’est bien l’idée que les militants sont angoissés par la perspective à offrir à leur parti et, cette fois, ils ne veulent diaboliser aucun de leurs dirigeants. A ceux-ci d’utiliser les prochaines semaines pour répondre à une angoisse qui est d’abord un signe de vie, d’attachement.