L’Amérique et nous

Michael Moore parle d’une Amérique humaniste, chaleureuse, morale. Son Amérique n’a qu’un seul tort : elle est virtuelle, elle n’existe pas pour nous. L’Amérique que nous connaissons depuis un siècle, c’est celle qui offre un tapis de bombes à tout peuple qui a le malheur de se trouver sur un sol qui l’intéresse.

Michael Moore a été, à nouveau, plébiscité à Cannes. Son film anti-Bush, sa croisade attirent la sympathie. Il parle d’une Amérique humaniste, chaleureuse, morale. Son Amérique n’a qu’un seul tort : elle est virtuelle, elle n’existe pas pour nous.
L’Amérique que nous connaissons, la seule qui vaille, c’est celle qui combat les démocrates depuis un siècle. L’Amérique qui offre un tapis de bombes à tout peuple qui a le malheur de se trouver sur un sol qui l’intéresse, pour une raison ou pour une autre.
L’Amérique a combattu le désir d’émancipation des peuples du Sud-Est asiatique. Elle a utilisé le napalm contre les civils et a fini par plier bagage.
L’Amérique d’aujourd’hui a détruit l’Afghanistan et saccage l’Irak. Elle a renversé Saddam Hussein et tué 13 000 Irakiens… au nom du Pétrole. Il est mensonger de dire qu’un seul soldat américain est mort un jour pour une valeur quelconque. Au moment de la fête du Débarquement, la vérité historique doit être réaffirmée, parce que la machine de propagande US a bien fonctionné. L’Amérique n’a pas fait la Seconde Guerre mondiale contre le nazisme, mais parce que le Japon a attaqué Pearl Harbor.
Michael Moore nous parle des larmes des Américains à la suite de la publication des photos des prisonniers irakiens et des sévices que la soldatesque américaine leur a imposés. Cela honore ces Américains-là mais ne change pas grand-chose à la réalité.
La réalité c’est que l’armée américaine, comme Tsahal, comme toutes les armées occupantes de par l’histoire, est un ramassis de barbares : 20% des soldats présents sur le sol irakien sont d’ailleurs des mercenaires recrutés par des sociétés privées. S’étonner qu’une telle armée saccage les mosquées, transforme un mariage en funérailles collectives, avilisse les prisonniers est une forme d’angélisme que nous ne pouvons nous permettre.
L’Amérique de Michael Moore, celle des honnêtes gens, est totalement occultée par l’Amérique impériale. John Kerry, le challenger de Bush, veut continuer la guerre en Irak. Il conteste la manière de la conduire, pas le principe. Il veut aussi assurer Israël, et donc le néo-nazi Sharon, de tout son appui. Lui aussi veut se payer de l’Arabe. Il n’y a pas d’autres mots. Les démocrates de cette région du monde sont les premières victimes de cette Amérique-là. Ils ont dû subir la Savak, le CAB I, etc., ou d’autres tueurs formés par la CIA. Aujourd’hui, leur combat bute sur l’Amérique.
Les USA, en jetant leur dévolu sur le pétrole arabe, sont en train d’assassiner les rares espoirs de démocratisation de la région.
Le premier réflexe, chez tous les habitants de cette sphère, est d’abord identitaire. Il sert la vague islamiste, mais surtout empêche toute réforme sociale. Les officiels américains clament pourtant qu’ils veulent réformer le «Grand-Moyen-Orient»!
L’Amérique de Michael Moore, Noam Chomsky, Sean Pen…, celle qui continue à respecter la vie humaine et à rêver d’un monde meilleur pour tous, ne s’accapare pas les écrans d’Al Jazeera. Elle n’est même pas perceptible pour les Irakiens pour qui l’Amérique c’est ce général au faucon qui a droit de vie ou de mort sur leurs enfants. Tout autre discours serait pure supercherie. Il n’est pas possible aujourd’hui de vendre l’image d’une «autre» Amérique au monde arabo-musulman, ou dit tel, parce que l’Irak, Rafah, Jénine sont là. Parce qu’il y a trop de morts d’un côté et trop d’arrogance de l’autre, parce que les soldats qui tuent sont américains, ceux qui violent aussi.
Le film de Moore, sa croisade, sont magnifiques de lucidité et de courage, mais il n’a aucune chance de nous convaincre qu’il y a une autre Amérique possible (*)