L’Afrique et ses besoins de financement

La demande croissante d’infrastructures représente un enjeu crucial pour la compétitivité de l’Afrique sur des marchés mondiaux et régionaux qui reposent sur des systèmes de production en flux tendus et sur des livraisons flexibles, rapides et fiables

Marrakech abrite la neuvième édition du «Forum africain pour le développement» organisé par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) sous le thème : «Des financements novateurs pour la transformation de l’Afrique». L’Afrique aurait besoin d’environ 200 milliards de dollars par an pour parvenir à un développement durable et renforcer sa compétitivité économique. L’infrastructure est un élément décisif pour la croissance, l’aménagement des territoires, l’amélioration du cadre de vie.  L’Afrique possède le réseau d’infrastructures le plus faible au monde. Une trentaine de pays sont touchés par des problèmes chroniques d’approvisionnement ou de mobilité. La piètre qualité des infrastructures coûte, à chacun des pays, deux points de croissance par année et réduit la productivité d’environ 40%. Si l’Afrique apparaît comme le continent de toutes les opportunités, l’hypothèse de la réalisation d’un taux de croissance de 6% par an, en moyenne, entre 2010 et 2040 signifie que la couverture des besoins d’infrastructures devient d’une évidence criante : la demande d’énergie électrique serait multipliée par cinq ; les volumes transportés seront multipliés par 6 ou 8, et jusqu’à 14 pour certains pays enclavés ; le trafic portuaire décuplera ; les besoins en eau vont pousser certains bassins fluviaux, notamment ceux du Nil, du Niger, de l’Orange et de la Volta, au bord de l’effondrement écologique ; la demande de technologies de l’information et de la communication (TIC) sera multipliée par vingt. La demande croissante d’infrastructures représente un enjeu crucial pour la compétitivité de l’Afrique sur des marchés mondiaux et régionaux qui reposent sur des systèmes de production en flux tendus et sur des livraisons flexibles, rapides et fiables. L’Afrique n’investit que 4% de son PIB dans les infrastructures. Les besoins annuels pour la prochaine décennie s’élèvent à 15% du PIB dont 4% affectés aux activités d’exploitation et d’entretien. Selon une récente étude diagnostique (Africa Infrastructure Country Diagnostic), le besoin en financement des infrastructures de l’Afrique subsaharienne dépassera les 93 milliards de dollars par an au cours des dix prochaines années. A ce jour, moins de la moitié de cette somme est disponible. Comment l’écart de financement sera-t-il comblé ? Les interventions traditionnelles des bailleurs de fonds sont insuffisantes pour combler ce gap. Les investissements publics ne suffiront pas à financer et réaliser les projets identifiés. Le secteur bancaire ne dispose pas d’outils suffisants pour gérer les risques et la liquidité. En conséquence, l’Afrique expérimente un changement de direction dans sa stratégie de mobilisation de fonds pour le développement. Elle se tourne de plus en plus vers les marchés des capitaux locaux et globaux, notamment les émissions obligataires en devises et le potentiel de ressources de la diaspora. Mais sans la mise en place d’un mécanisme de Partenariat-Public-Privé (PPP), il sera impossible d’accéder aux ressources financières adéquates. Aujourd’hui, 90% des financements de PPP en Afrique n’émanent pas de ce continent. Contrairement à d’autres régions, l’engagement local est faible. Il faut donc rééquilibrer cette équation. C’est essentiel pour développer les marchés financiers et mobiliser les capitaux africains, tout comme son secteur privé, en particulier ses entreprises de construction, ses fournisseurs de matériaux de construction et ses gestionnaires d’installations. Dans cette perspective, le Maroc a des atouts.

Tout d’abord, le Maroc a été choisi pour héberger le Fonds Africa 50, un nouvel instrument créé à l’initiative de la BAD et dédié au financement des infrastructures dans le continent. Le grand challenge consiste à prendre les dispositions nécessaires pour intéresser les institutions internationales et régionales à lever les sommes nécessaires à la capitalisation du fonds. Il s’agira, ensuite, d’impliquer l’expertise nationale pour garantir la bonne gestion des opérations de financement de projets bancables et rentables. Par ailleurs, les fonds d’investissement privés nationaux ont la capacité de contribuer au financement de projets d’infrastructures. Ainsi, la SNI envisage de déployer sa nouvelle stratégie en Afrique. Convertie en un fonds d’investissement à long terme, elle mise sur les activités où le secteur privé marocain manque d’ambition, ne prend pas suffisamment de risque  ou ne parvient pas à réunir les capitaux et l’expertise nécessaires. Le Maroc peut aussi travailler à l’amélioration du financement des projets en coopération avec d’autres fonds souverains régionaux (notamment des pays du Golfe). Il peut promouvoir ainsi la participation du secteur privé dans les infrastructures en Afrique en s’impliquant par le biais de PPP dans des programmes nationaux de pays comme le Ghana, le Kenya et le Nigéria qui connaissent aujourd’hui des avancées positives dans ce domaine. Enfin, compte tenu de la portée et de la nature de ces investissements transfrontières structurants, le développement d’approches conjointes avec les groupements régionaux africains peut se révéler d’une grande opportunité. L’UEMOA a défini une feuille de route pour développer le financement de projets à portée régionale et capacités conjointes. Les autres groupements (CEMAC, CEDEAO, SADC) souhaitent aussi renforcer les capacités de leurs pays membres en matière de PPP. Se positionner sur ce créneau de l’intégration régionale peut être non seulement un catalyseur de projets mais un vecteur d’influence dans des aires régionales.