La stratégie pertinente du BCIJ

on peut surveiller autant qu’on peut, il arrive toujours un moment où l’attention se relâche, offrant à l’ennemi l’opportunité de passer à l’attaque. Jusqu’à présent, la chance est avec nous mais nous dansons sur un volcan et nous ne sommes à l’abri de rien. La seule vraie parade réside dans la prévention.

Depuis quelques mois, les démantèlements de cellules terroristes se succèdent à intervalles plus que réguliers. Le dernier en date, annoncé avec force communication vendredi 18 février, fit frémir par ce qui a été révélé. Si l’on en croit le Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), le pire a été frôlé. Les attentats déjoués qui visaient des lieux symboliques et de grande affluence (MoroccoMall, OCP, Régie des tabacs, Sofitel) auraient fait, selon les dires du patron du BCIJ, Abdelhak Khiam, des dizaines de victimes. L’arsenal découvert, avec, à côté des explosifs et des armes à feu, des produits chimiques et biologiques conforte les inquiétudes les plus grandes. Il fut beaucoup question, ces dernières semaines, de l’utilisation par Daesh de l’arme chimique et bactériologique dans sa guerre de la terreur. Ce 15 février, une instance onusienne a confirmé que les djihadistes ont fait usage du gaz moutarde en Syrie contre des localités kurdes. Par ailleurs, en décembre dernier, Ahmed Kaddaf Eddam, cousin de Kaddafi et qui fut un de ses collaborateurs les plus proches, avait révélé le vol en Libye par la branche affiliée à l’EI de gaz sarin (neurotoxique très dangereux) dans des entrepôts insuffisamment sécurisés, information également relayée par des sources américaines.

La délocalisation de l’EI faisant, c’est dire le poids de la menace qui nous guette. D’où la stratégie de communication, tout à fait inédite pour un service de sécurité, du BCIJ fraîchement institué.

Depuis sa nomination, il y a moins d’un an, Abdelhak Khiam multiplie les conférences de presse. Qualifié de «franc et direct», prônant la transparence, les journalistes trouvent porte ouverte chez lui. A un support qui lui demandait s’il était bon de s’exposer ainsi aux médias quand on est censé être un homme de l’ombre, le directeur du BCIJ a déclaré dans une récente interview que «l’opinion publique doit être sensibilisée aux menaces et dangers terroristes» et que «les Marocains peuvent contribuer à nous aider».

Nos services de sécurité tirent une bonne part de leur force de cette armée de petits indicateurs qu’ils ont mis en place depuis des décennies. Ce maillage du territoire se révèle d’un précieux secours aujourd’hui. En appelant les Marocains à aider ses services, Khiam veut renforcer la remontée de l’information de manière à pouvoir continuer à déjouer efficacement les plans fomentés par les terroristes. La sensibilisation de la population est indiscutablement nécessaire et la stratégie de communication du BCIJ pertinente. Maintenant, cette sensibilisation ne doit pas se limiter à mettre les gens aux aguets, d’autant que ceci invite à la délation, ce qui n’est pas le plus heureux des comportements. De plus, on peut surveiller autant qu’on peut, il arrive toujours un moment où l’attention se relâche, offrant à l’ennemi l’opportunité de passer à l’attaque. Jusqu’à présent, la chance est avec nous mais nous dansons sur un volcan et nous ne sommes à l’abri de rien.

La seule vraie parade réside dans la prévention. La conscientisation de la population doit porter aussi, et surtout, sur cet aspect fondamental, d’autant que tout porte à croire que le terrorisme djihadiste est appelé à durer. Des images venues des zones contrôlées par Daesh en Syrie et dans lesquelles on voit des petits garçons jouer à égorger leur peluche montre le conditionnement auquel Daesh soumet les enfants dès leur plus jeune âge. L’EI n’est pas juste une organisation terroriste. Elle est une entité dotée d’un territoire sur lequel elle met en place des structures étatiques. Et son idéologie, par son inhumanité réfléchie, peut être comparée à ce que fut le nazisme. L’ennemi qui nous menace a une vision et un projet sur le long terme.

Dans son projet, il entend embarquer la jeunesse du monde musulman dans sa globalité. C’est à ce risque qui guette chacun de nos enfants que la population doit être sensibilisée. Comment les préserver, comment développer en eux les capacités nécessaires pour les rendre hermétiques à la propagande djiahdiste, tel est le vrai défi à relever. Un défi qui passe par la refondation de notre enseignement, par l’approche faite du religieux et par les principes sur lesquels repose l’éducation de base, dispensée tant à la maison qu’à l’école.