La rentrée s’annonce difficile ?

Le gouvernement fera sa rentrée sur fond d’économie en berne et une conjoncture internationale pas des plus florissantes. Les attentes sont fortes, la tà¢che de redressement des finances publiques est immense avec les voyants au rouge. La ligne du FMI est disponible pour atténuer les contraintes de trésorerie publique mais la préparation du budget n’est pas pour autant aisée.

Ding, ding, dong !… Vous avez certainement reconnu la cloche. C’est la rentrée. Celle des enfants : on enlève le sable de ses chaussettes, on range ses nouvelles fournitures scolaires. Mais pas seulement, celle des parents aussi : septembre est le mois de toutes les dépenses ; les frais scolaires ponctionnent sérieusement un portefeuille déjà malmené par les extras des vacances. Celle des entreprises, inquiètes de l’atonie de la demande et soucieuse de scruter les dispositions fiscales du futur budget. Celle du gouvernement contraint face à la profondeur de la crise et à l’angoisse des Marocains, de faire preuve de plus d’action, l’éloge du temps long n’étant plus d’actualité. Dans le large spectre des soucis de la rentrée, chaque acteur social est confronté à un souci qui condense tous les autres : les familles sont préoccupées par l’école, l’entreprise focalise sur ses facteurs de compétitivité, le gouvernement affiche son objectif premier : la maîtrise des finances publiques. 

Le regard des ménages sur la rentrée des classes est marqué par l’inquiétude. L’institution scolaire ne parvient toujours pas à s’organiser pour offrir au plus grand nombre les chances de succès. Aujourd’hui, plus encore qu’hier, l’échec du Plan d’urgence apparaît lourd de conséquences et se traduit par des difficultés à établir la confiance des familles dans l’école publique. Les foyers s’interrogent sur l’usage fait de l’accroissement des moyens consacrés à la formation, avec comme conséquence une demande vers plus de qualité, davantage de pédagogie sans évidemment amputer la quantité d’enseignement. Il paraît dès lors clair que face à la crise, au sentiment que l’ascenseur social est en panne et que l’école est moins performante face à un environnement de travail plus exigeant, l’opinion, comme les parents, aborde la rentrée dans une attente de «toujours plus» et une approche plus qualitative et plus en phase avec le rythme et les capacités des jeunes. La pédagogie reste en partie à faire pour rassurer les parents et favoriser un vrai débat sur l’école.

Les entreprises marocaines abordent la rentrée avec beaucoup de difficultés. Elles ont de la peine à exporter, à défendre leurs positions sur le marché intérieur, à développer des stratégies conquérantes. Les créations d’entreprises sont faibles et concernent peu les secteurs innovants. Un des enjeux auquel est confronté l’entreprise marocaine est l’articulation entre politique de concurrence et politique commerciale. L’attente des entreprises à l’adresse des autorités publiques est, d’une part, de privilégier les deux piliers d’une économie moderne que sont la formation et l’innovation, et, d’autre part, d’organiser une nouvelle régulation du secteur productif donnant un cadre à l’action des entreprises, leur permettant d’atteindre les échelles aujourd’hui nécessaires pour affronter la concurrence internationale. Une autre évolution paraît aujourd’hui souhaitable : faire évoluer la politique industrielle nationale dans l’objectif d’une reconquête ouverte du marché intérieur en allant vers une logique intégrant les gains d’efficience associés à l’effet de taille et porteuse d’une dynamique de compétitivité. C’est probablement dans une refonte des aides à l’entreprise productive que des efforts significatifs devraient être faits. Leur cadre administratif, juridique et social est certainement à améliorer.

Le gouvernement fera sa rentrée sur fond d’économie en berne et une conjoncture internationale pas des plus florissantes. Les attentes sont fortes, la tâche de redressement des finances publiques est immense avec les voyants au rouge. La ligne du FMI est disponible pour atténuer les contraintes de trésorerie publique, mais la préparation du budget n’est pas pour autant aisée. Les sacs de nœuds sont divers : compensation, retraites, postes budgétaires, arbitrages… Un objectif transcende tous les autres : maîtriser la dérive des finances publiques, parvenir à des avantages maxima pour la population et refuser de subir passivement les tendances lourdes de la dépense. C’est un exercice de lucidité auquel le gouvernement sera confronté tenant compte de ce que cette maîtrise nécessite (freiner le rythme d’évolution, jugé excessif, de certaines charges), et ce qu’elle permet (utiliser les marges de manœuvre pour faire face à des besoins mal satisfaits). Des choix seront nécessaires. On ne peut pas avoir à la fois une amélioration des services publics, un accroissement sensible des salaires et une augmentation des pensions de retraites. Gouverner a toujours consisté à choisir. Les mesures de rigueur s’annoncent inévitables et seront d’autant plus douloureuses que l’on anticipe une croissance moindre que celle attendue. Le gouvernement est donc promis à une rude bataille face au Parlement pour faire avaliser des décisions qu’une partie jugera injustes. Les discussions s’annoncent aussi âpres au sein de la coalition gouvernementale. L’objectif de maîtrise des finances publiques doit servir, sans complaisance à l’égard des intérêts corporatifs et catégoriels, à relancer le débat citoyen sur les moyens et les fins de la vie en société. Une morale des finances publiques doit inspirer et aider à ouvrir des perspectives vers des lendemains plus sereins.