La récurrence de la sécheresse

La politique agricole devrait s’attacher à  étudier
des pistes de changement permettant de pointer
des stratégies d’adaptation des systèmes de production agricole à  une fréquence accrue de la sécheresse.

Le programme adopté par le gouvernement vient de le rappeler : le Maroc n’est pas seulement menacé de sécheresse, il est dans la sécheresse. Faut-il le rappeler : le phénomène n’est pas accidentel, son occurrence augmente. L’analyse climatologique a bien montré que les vingt dernières années étaient émaillées de sécheresses. La répétition récente du phénomène, jointe aux prévisions de changement climatique qui indiquent une baisse de pluviométrie, justifie que l’on se préoccupe de la capacité de l’agriculture à  s’adapter à  une situation o๠la sécheresse deviendrait un événement plus récurrent.

De nombreux phénomènes météorologiques sont soudains et éphémères, tandis que la sécheresse est plus insidieuse. Elle frappe progressivement un territoire et maintient son emprise au fil du temps. Quand elle dure de nombreuses années, elle peut anéantir l’agriculture. Contrairement à  une idée répandue, la sécheresse n’est pas simplement synonyme de faibles précipitations. Elle est toujours le croisement du déficit pluviométrique cumulé, des conditions climatiques et des caractéristiques du milieu. Ne considérer que la pluviométrie est évidemment insuffisant si l’on s’intéresse aux conséquences pour l’agriculture, puisque le cycle de l’eau et le bilan hydrique des cultures soulignent le poids des autres facteurs climatiques intervenant sur l’état de la sécheresse, ainsi que des propriétés du sol et de la culture.

Au-delà  du seul déficit pluviométrique, ou du déficit climatique sur une saison, les sécheresses se différencient par leur intensité, leur dynamique de mise en place (brutale ou progressive), leur durée (sécheresse intermittente ou prolongée) et leur époque d’apparition par rapport au cycle cultural. La sécheresse se manifeste plus ou moins précocement selon le type de sol et les besoins en eau. L’hypothèse de répétition possible d’épisodes de sécheresse conduit à  s’interroger sur les moyens de limiter la vulnérabilité des systèmes de production agricoles à  la sécheresse conçue ici dans sa dimension spécifique de manque d’eau. Les préoccupations des pouvoirs publics sont d’ordre économique (comment limiter la vulnérabilité des systèmes de production agricoles au manque d’eau ? Comment couvrir les pertes occasionnées par des épisodes de sécheresse si ceux-ci se répètent ?), social (comment assurer une répartition équitable de l’eau entre les différents usages ?) et écologique (comment maintenir la qualité de l’eau et la biodiversité associée ?).

Pour faire face à  des situations de crise, il est nécessaire que les décisions publiques ou privées puissent s’appuyer sur un état actualisé des connaissances sur les relations entre agriculture et ressources en eau. Il s’agit dans un premier temps de faire le point sur la sécheresse : quelle est son occurrence passée et prévisible, à  quels types spatio-temporels sommes-nous confrontés ? Quelle est l’incidence de la sécheresse sur le cycle cultural, la productivité des végétaux, la santé des animaux et des humains.

Dans un deuxième temps, il faudrait aborder la relation entre sécheresse et agriculture sous deux aspects qu’il est nécessaire de distinguer afin de mieux en étudier les interrelations : quelle est l’incidence de l’agriculture sur la ressource en eau ? Cette question concerne aussi bien l’agriculture non irriguée que celle tributaire de l’irrigation. En effet, par ses modes d’occupation du sol, l’agriculture, au même titre que la forêt, agit sur les bilans hydrologiques et donc sur les quantités d’eau qui alimentent les aquifères et les cours d’eau. Quelle est la sensibilité des systèmes de culture et des systèmes de production à  la pénurie d’eau ? Cette question, contrepoint de la précédente, concerne directement l’agriculteur confronté à  l’aléa «sécheresse» et à  une pénurie de ressources en eau, que cette pénurie soit liée à  un déficit pluviométrique ou à  un déficit de ressources hydrologiques.

Au-delà  de la sensibilité intrinsèque des plantes au manque d’eau, ce qui est en jeu est l’adéquation des systèmes de culture à  des contextes pédoclimatiques, qui intègre l’aléa sécheresse dans sa dimension de prise en compte du risque. Elle concerne l’agriculture stricto sensu mais s’étend aussi à  l’élevage des herbivores, pour lequel l’adaptation au risque de pénurie fourragère liée à  la sécheresse devient primordiale. Au-delà  de la réponse aux deux questions posées ci-dessus, qui restent du domaine du constat, la politique agricole devrait s’attacher à  étudier des pistes de changement permettant de pointer des stratégies d’adaptation des systèmes de production agricole à  une fréquence accrue de la sécheresse.