La preuve par Obama

Les zappeurs accros aux chaînes d’infos anxiogènes ou compulsivement communitaro-patriotiques devraient jeter un Å“il de temps en temps au JT de la Suisse romande sur TV5. Un véritable remède contre Al Jazira.

On devrait imposer aux journalistes, éditorialistes, reporters et chroniqueurs, en ce début d’année et dans toutes les rédactions du monde, des articles, reportages et écrits optimistes, voire positifs. Au moins pendant le mois de janvier, histoire de conjurer le sort, de permettre à la nouvelle année de s’installer, de se poser, bref, de laisser le temps au temps. Dur exercice s’il en est car la machine médiatique, en général, se nourrit de ce qui fait peur et non de ce qui rassure ou apaise. Elle est au service du bruit, de la fureur et de la douleur au nom d’une mission d’informer ou d’une demande supposée d’un public disposé et consentant. Il faut dire que l’année qui s’est achevée a passé le relai de la peur et de la terreur à la nouvelle qui s’annonce. Une fin d’année sous le signe d’événements plutôt dramatiques, de la crise mondiale aux bombardements de Gaza par l’armée israélienne et bien d’autres malheurs de par la planète. Certes, l’intermède rigolo de la paire de godasses lancée sur Bush à Bagdad a un peu déridé et fait jaser la vox populi dans les pays pauvres, mais les mauvaises nouvelles ont vite repris le dessus. Il est vrai que l’exercice de l’optimisme est plus dur à réaliser pour certains médias que pour d’autres. Comme il est connu que certains régimes arabes n’ont pas attendu l’appel de cette chronique pour l’imposer à forte dose dans leurs journaux et organes audiovisuels. En balayant le spectre télévisuel sur le satellite, on est toujours frappé par les propos apaisants, le discours positif et les formulations positivement et définitivement rassurantes de certains JT. Mais aussi par le paradoxe et le sens artistique de la contradiction des journalistes. Tenez, par exemple, le jour de l’élection de Barack Obama, on croyait rêver en écoutant les commentateurs de certains JT de pays où un même homme est à la tête du pays depuis des lustres en tant que président d’une république populaire, socialiste et démocratique par-dessus le marché. Tout cela n’a pas empêché les journalistes et commentateurs de louer l’esprit démocratique qui a présidé à l’élection d’Obama, de se féliciter qu’un président noir occupe le Bureau ovale de la Maison Blanche par la volonté du peuple et grâce au libre choix de la population. A aucun moment on ne sentait de gêne, l’once d’un trouble, une hésitation; pas même un lapsus révélateur de la situation si peu démocratique qui prévaut dans son propre pays.
Mais comment peut-on exercer ce métier en faisant un tel vide ontologique ? Il faut être un bonze chargé de «zénitude» pour tenir de tels propos tout en évacuant son propre vécu. Et pourtant, c’est ce que nous constatons en ces temps d’ouverture médiatique satellitaire qui a permis à tout un chacun de faire monter sa parole au ciel pour faire révéler à l’humanité entière autant de mauvaise foi et une aussi vaste imposture. Car, si encore ils gardaient leur délire pour eux, entre eux, et l’imposaient, hélas, à une population qui n’en pense pas moins. Non, il faut qu’ils partagent ces divagations avec les téléspectateurs de l’univers. Une question : lorsque ces pays diffusent sur le satellite toute une soirée de lecture de panégyriques ou de soi-disant poèmes à la gloire de Fakhamat erraïs f’lane et du Grand Guide fertallane dont les bienfaits et les réalisations ont hissé le pays au rang des grandes nations développées, qui veut-on convaincre à travers le monde ? Quelle cible de la population des pays de l’Occident vise-t-on? Le téléspectateur lambda d’un canton de la Confédération helvétique ? A ce propos, on recommande à tous les zappeurs accros aux chaînes d’infos anxiogènes ou compulsivement communitaro-patriotiques de jeter un œil de temps en temps au JT de la Suisse romande sur TV5. Un véritable Prozac sinon un remède contre Al Jazira.
L’arrivée de Barack Obama, puisqu’on est en janvier 2009 et qu’on se doit de positiver, est une des meilleures choses qui puisse arriver à ceux qui pensent – ou rêvent – que tout est possible. Le « Yes, we can !» obamien a fait des ravages dans les esprits de nombre de citoyens du monde d’en bas. L’homme part avec tous les handicaps : voilà un jeune noir, né musulman, élevé par une mère de condition modeste et de père africain et qui dirige depuis quelques jours les Etats-Unis d’Amérique. Tu parles d’un miracle ! Alors que des millions de jeunes à travers les pays pauvres rêvent seulement d’une Green card en se faisant tirer au sort lors de ces atroces tombolas organisées par les consulats américains. D’un autre côté, qui pourrait supporter une telle responsabilité à l’échelle planétaire, une telle pression, les attentes de milliards de gens à travers le monde ? C’est ce qui a fait écrire au quotidien satirique américain Onion: «Un Noir se voit confier le pire boulot aux Etats-Unis». Car, aux Etats-Unis, on s’est déjà demandé si l’on pouvait faire de l’humour sur un chef d’Etat noir. Il y a eu débat. La réponse est que les Etats-Unis sont un pays démocratique: la preuve par Obaman.