La préférence nationale

Grà¢ce à  des actions volontaristes, le gouvernement a permis aux entreprises nationales
de BTP d’accéder aux grands chantiers d’infrastructure, mais l’afflux récent et grandissant
de sociétés étrangères inquiète.

Ces dernières semaines, plusieurs articles de presse ont été consacrés au bilan du gouvernement. Certains articles concernent la politique adoptée par le gouvernement de Driss Jettou vis-à -vis du secteur du BTP. Ils expriment, bien sûr, le point de vue de leurs auteurs et sont parfois contradictoires. La Fédération nationale du bâtiment et travaux publics (FNBTP) tient à  exprimer sa propre évaluation.
Le 28 juin 2004, la FNBTP a signé avec le gouvernement un contrat-programme pour la mise en Å“uvre d’une stratégie de développement de l’entreprise marocaine. Le principal objectif que s’est fixé ce contrat est de «favoriser la réalisation de la plus grande part des programmes de l’Etat par les entreprises et les compétences nationales…, et de promouvoir l’émergence de grands champions nationaux dans le domaine du BTP».

Une autoroute saucissonnée en cinq lots et un challenge réussi
Mais il faut rappeler qu’avant même cette date, des actions volontaristes de l’équipe Jettou ont été menées dans cette optique. En novembre 2002, à  la demande de la FNBTP, le ministre de l’équipement, Karim Ghellab, a décidé l’annulation des appels d’offres des trois grands stades de Marrakech, Agadir et Tanger, qui comportaient des conditions telles qu’elles empêchaient la participation des entreprises marocaines à  ces projets. Les appels d’offres ont été réaménagés en vue de permettre aux entreprises marocaines d’y participer. Résultat de cette action : ces trois projets, qui auraient dû aller inéluctablement à  des entreprises étrangères, ont été réalisés par des entreprises marocaines, une trentaine au total.
En 2003, l’intervention personnelle du ministre de l’équipement a permis le découpage de la réalisation de l’autoroute Settat-Marrakech en plusieurs lots et la fixation de critères de participation aux appels d’offres à  la portée des grandes entreprises nationales. Plusieurs entreprises marocaines ont donc pu concourir et gagner, en toute transparence, les marchés de la réalisation de 4 lots sur 5 ainsi que la totalité des lots des ouvrages d’art de cet important axe autoroutier. Les travaux ont été achevés dans les règles de l’art et ont permis à  ces entreprises de franchir un nouveau pas décisif dans l’acquisition d’une expérience les rendant mieux à  même de participer au développement économique du Royaume.
Parallèlement, les conditions de participation des entreprises marocaines ont été prises en compte à  chaque fois pour favoriser, en toute transparence, l’accès de nouvelles entreprises aux appels d’offres lancés pour de grands projets. C’est le cas des projets de barrages, par le secrétariat d’Etat chargé de l’eau, des voies ferrées par l’ONCF ou de grands équipements publics par le ministère de l’équipement.

Par ailleurs, et conformément aux dispositions du contrat-programme, une série de réformes demandées par la profession a été engagée par le gouvernement. Certaines parmi elles ont déjà  abouti, telle la refonte du décret de passation des marchés publics. Un autre acquis important pour la profession est la restructuration réussie de la Caisse marocaine des marchés. D’autres réformes non moins importantes pour la profession sont sur le point d’aboutir, telle la réforme du cahier des clauses administratives générales de travaux (CCAG) ou celle du système de qualification et de classification des entreprises du BTP.
Nous nous devons de souligner la qualité d’écoute des ministres partenaires de notre secteur (équipement, habitat, secrétariat d’Etat chargé de l’eau), qui ne ménagent aucun effort pour accompagner le secteur dans son évolution et permettent la progression et la consolidation du rang de nos entreprises.

Une protection temporaire pour les nationaux ?
Cependant, l’accélération récente du rythme de lancement des projets d’infrastructures a provoqué un afflux inhabituel d’entreprises étrangères, parfois de taille moyenne, qui ont pu remporter plusieurs contrats suite à  des appels d’offres o๠elles ont pu mieux se positionner que les entreprises nationales.
La part des entreprises marocaines a fortement reculé, dans les projets autoroutiers notamment, contrariant ainsi les objectifs fixés par le contrat-programme.
Cette évolution récente préoccupe fortement les entreprises marocaines, d’autant plus qu’elles ont consenti des investissements importants en moyens humains et matériels. Elles s’inquiètent de cette véritable invasion des entreprises étrangères et réclament d’être protégées le temps de consolider leurs capacités et leur compétitivité. Surtout que ces entreprises étrangères bénéficient souvent du soutien, à  peine voilé, de leurs gouvernements.

D’autres attitudes, comme celles de certains maà®tres d’ouvrages, qui ne se sentent pas concernés par l’esprit du contrat-programme, continuent d’inquiéter nos entreprises. En effet, ces maà®tres d’ouvrages tardent à  manifester leur volonté d’encourager l’accès des entreprises nationales à  leurs projets et continuent à  invoquer l’urgence, la complexité du projet ou l’inexpérience des entreprises marocaines pour les exclure de la compétition.

Nous avons fait part récemment de toutes ces inquiétudes au ministre de l’équipement. Il s’est montré aussi préoccupé que nous par ces constats et a affirmé être décidé à  agir pour atteindre pleinement les objectifs du contrat-programme.

La FNBTP veille et veillera plus que par le passé, de concert avec le gouvernement, à  la mise en Å“uvre de nouvelles actions volontaristes, pour permettre aux entreprises nationales de diversifier davantage leur champ d’activités et leur expérience, augmenter leurs capacités et leurs tailles, afin de répondre à  tous les besoins du marché et assurer notre autosuffisance dans le domaine.