La Palestine au cœur, le 9 novembre prochain

Le 9 novembre, Journée internationale contre le mur de séparation, le peuple palestinien a besoin de solidarité agissante. Pas de violence, pas d’instrumentalisation de son drame pour donner libre cours à des frustrations personnelles mais un soutien actif, créatif et efficace.

Priver quelqu’un de liberté est parmi les pires épreuves que l’on puisse infliger à un être humain. Quand de surcroît s’y rajoute l’oubli, l’épreuve devient calvaire. Tout prisonnier le reconnaît ; sentir que le monde extérieur vous abandonne à votre sort contribue à rendre celui-ci plus insupportable. A contrario, dès lors qu’il s’en préoccupe, l’épreuve s’adoucit. Par sa bienveillance, le regard de l’autre aide à demeurer debout, en dépit de tout.
Cette vérité s’applique de la même manière quand il s’agit d’un peuple. Un peuple privé de ce droit élémentaire qu’est la liberté est à l’image de ce détenu, enfermé derrière les murs clos d’une prison. La vie s’écoule sans lui. Pendant que les autres poursuivent le cours normal de leur destinée, lui subit la contrainte et l’oppression d’un occupant. Pour tenir, il faut résister. Résister requiert de la force. Cette force, on la puise en soi, certes, mais son renouvellement nécessite un soutien extérieur. Au-delà des différentes formes que celui-ci peut revêtir, il exprime cette chose essentielle : «tu n’es pas seul». L’oubli tue quand un seul regard peut rendre la vie.
Le calendrier palestinien s’est doté d’une nouvelle date: le 9 novembre, décrété Journée internationale contre le mur de séparation. L’histoire, comme à son accoutumée, s’est plu à bégayer. En 1989, le Mur de Berlin tombait sous les hourras du monde entier. Du coup, celui-ci s’est pris à croire qu’un temps nouveau venait de s’enclencher. Un temps nouveau a certes commencé mais pas celui que le monde avait rêvé. C’est ainsi qu’en 2002, on a vu un autre mur s’ériger, sur une autre terre. Et l’histoire a continué. Hier en Allemagne, aujourd’hui en Palestine, les fils de celle-ci se renouent comme pour nous rappeler combien les trames de base demeurent intangibles. Pour que les murs ne se reconstruisent pas, il faudrait parvenir à se défaire de celles-ci. A se libérer du passé. Mais comment faire s’effacer avec lui ses blessures, comment échapper au cercle infernal qui, des victimes d’hier, enfante les bourreaux d’aujourd’hui. Sur cette question, toujours la même, l’humanité bute sans arrêt.
Le 23 juillet 2002, suite à la réoccupation militaire par Israël de l’ensemble de la Cisjordanie, la première pierre du plus grand ghetto de l’ère actuelle était posée. Balafre de 360 km de long et de 8 mètres de haut, le mur érigé par Israël en Cisjordanie pour se séparer des Palestiniens rend compte de l’enfermement mental dans lequel s’enferrent ceux qui prétendent personnifier le nouveau peuple de Moïse. Mental pour eux, il est physique pour le peuple qui, depuis plus de cinquante ans, paie pour un crime qu’il n’a pas commis. La Naqba de 1948, avec la perte de la mère-patrie et ses 800 000 réfugiés jetés sur les routes de l’exil, est demeurée dans l’imaginaire collectif palestinien comme l’événement indépassable. Et pourtant, après des décennies de lutte, jamais cette société n’a autant été menacée dans son existence même. Depuis quatre ans, l’armée israélienne n’a reculé devant rien. Assassinats ciblés, bombardements des villes, destructions massives des maisons, bouclages implacables des territoires et maintenant ce mur qui transforme toute zone palestinienne en canton dont Israël peut fermer la porte à tout moment.
Le mur va désorganiser la vie de 67 communautés, priver 15 villages de l’accès à leurs propriétés, isolera, selon la Banque mondiale, 250 000 à 300 000 Palestiniens, soit 10% de la population … Objectif : briser définitivement la résistance des Palestiniens. Or, malgré une situation économiquement et socialement terrible, avec des taux de chômage et de pauvreté à donner le vertige, la population n’a pas bougé d’un millimètre sur ses revendications de dignité.
Avec ce mur dont la construction avance à grands pas, l’enfermement des Palestiniens se fait concret. Isolés du reste du monde, livrés à eux-mêmes, beaucoup vivent avec un sentiment profond d’abandon. La solidarité des Marocains à l’égard des Palestiniens n’est plus à prouver. Durant tout le conflit, elle ne s’est jamais démentie. Le temps a passé mais la tragédie de ce peuple perdure. Aujourd’hui comme hier, il a besoin de solidarité agissante. Pas de haine, pas de violence, pas d’instrumentalisation de son drame pour donner libre cours à des frustrations personnelles mais d’un soutien actif, créatif et efficace. Une idée, un peu de temps,du dévouement et de la foi, c’est peu et beaucoup à la fois. Avec cela, juste avec cela, tant de choses pourraient être faites. Ce 9 novembre par exemple.