La magistrature marocaine fonctionne bien

il faut reconnaître, honnêtement, que la magistrature marocaine fonctionne bien. Avec certes des incidents ici ou là , mais ponctuels et relativement limités. C’est d’ailleurs l’un des facteurs de stabilité du pays, car, là  où la justice est défaillante, il ne saurait y avoir de réel Etat

Qui n’a pas rêvé un jour d’être juge ? Depuis son enfance, toute personne  entend parler de juges, de justice et de tribunaux. Certaines émissions de télévision, d’ici ou d’ailleurs, mettent en scène cette profession, la magnifient souvent, la critiquent parfois. La magistrature est tout un monde, avec ses codes, ses rites et ses secrets. Elle offre à ses membres bien des avantages, comme le pouvoir. Celui des juges est immense, et peut procurer des jouissances infinies… qui peuvent aussi conduire à l’ivresse ! Un juge, fût-il membre de la magistrature assise ou debout, est bien conscient que son poste lui confère bien plus de force et de puissance que le plus riche des patrons, le plus flamboyant des députés ou le plus arrogant des ministres. D’un trait de plume, il peut briser des carrières ou orienter une vie. Prenons un exemple récent et d’actualité. En Europe, disons en Occident, voilà donc un homme promis aux plus hautes fonctions : de patron d’un organisme financier mondial d’envergure, il devait accéder naturellement aux fonctions de chef d’Etat d’une puissance nucléaire… avant de se faire rattraper par de foireuses et scabreuses  affaires concernant sa vie intime. Mis en examen, interpellé, placé en garde-à-vue, photographié de face et de profil , une affichette à la main comme un vulgaire malfrat, vilipendé à la une des journaux, stigmatisé par ses proches, lâché par ses amis politiques, forcé de démissionner…, le tout avant de voir toutes les inculpations faire «pschiitttt»(comme le disait J. Chirac), tomber les unes après les autres, la justice ayant acquitté tous les protagonistes de ce sulfureux dossier, invalidant ainsi le travail de fourmi mené par les juges d’instruction en charge du dossier. On ne peut que s’en réjouir, et constater que la justice fonctionne bien, du moins la justice française dont il est ici question. Et ceci, durant les dernières semaines, à au moins deux reprises : lors du procès d’Outreau, qui avait scandalisé la France, et dans le dossier DSK. Le message étant : si la justice, humaine, est faillible, il n’en existe pas moins des moyens permettant de rectifier ses erreurs.

Et au Maroc, comment cela se passe-t-il ? Quel est le vrai pouvoir des juges ? Comment l’utilisent-ils ? Quels sont les moyens de contrôler, voire de sévir en cas d’abus ou de dépassements ? Force est de reconnaître, honnêtement, que la magistrature marocaine fonctionne bien. Avec certes des incidents ici ou là, mais ponctuels et relativement limités. C’est d’ailleurs l’un des facteurs de stabilité du pays, car, là où la justice est défaillante, il ne saurait y avoir de réel Etat. Mais revenons à nos magistrats, répartis entre magistrature debout et magistrature assise, les premiers requérant l’application de la loi, présentés comme les avocats de la Société, les seconds statuant et rendant effectivement la justice, c’est-à-dire émettant des arrêts, jugements, ou ordonnances, qui acquièrent de facto force de loi. Ceci est aussi un point primordial, car à côté de leur activité principale, (qui est donc de juger son prochain), leur participation à l’élaboration du corpus juridique est essentielle. Loin des débats feutrés où les parlementaires rédigent et adoptent des lois, les magistrats eux, sont au cœur du problème, et du fait même de cette expérience in situ, sont à même de conseiller et d’orienter les législateurs, en ce qui concerne certaines dispositions juridiques à prendre d’urgence. La magistrature est donc un corps d’Etat  important, rouage essentiel dans l’ordonnancement d’une société respectueuse des droits de chaque citoyen. Et pour remplir cette noble mission, il est primordial de garantir l’indépendance des juges par rapport, non seulement aux autres pouvoirs, mais aussi vis-à-vis de leur ministère de tutelle. Et ici apparaît de nouveau le vieux, sempiternel et inévitable débat : quid de l’indépendance de la justice (garantie par la Constitution), et partant des juges, dans un système judiciaire encore soumis à des règles hiérarchiques et administratives ? Un juge, payé et dépendant statutairement de l’administration d’un ministère, est-il réellement indépendant au moment de rédiger ses conclusions? Eternel problème que, même en Occident, nul n’a réussi à résoudre !