La loi et la grà¢ce

Depuis quelques années, au Maroc, une extraordinaire demande de grâce se fait entendre. En faisant l’apologie de l’autodétermination radicale du sujet ou, au contraire, de son embrigadement dans des micro-chapelles, de la libération effrénée de la parole et de la destruction des rapports sociaux, la culture qui est en germe montre que cette grâce est recherchée comme le contraire de la loi. Devant les impasses et les excès de cette subjectivité égarée, les esprits reviennent peu à peu vers la loi et la rigueur, tandis que commence à reculer comme une valeur illusoire la grâce il y a peu exaltée. C’est une civilité nouvelle qu’il nous faut inventer, qui ressaisira le sujet et la société, dans une nouvelle problématique de la grâce et de la loi où la grâce ne serait pas forcément arbitraire et irrationnelle, mais plutôt ce qui anime, traverse et inspire la loi et la cité. Il y a dans la grâce laissée à elle-même un risque mortel, car elle ne produit que du fusionnel, mais il n’est pas bon que la rigueur soit seule, car elle engendrerait la destruction. La loi aide la grâce à se «racheter», et elle a pour finalité de l’aider à s’exercer dans ce monde dont l’épreuve essentielle est l’absence et la séparation. C’est un nouvel esprit public qui est en jeu. On ne peut renouveler la politique sans renouveler la morale. En faisant renaître, à titre d’exemple, l’ancienne vertu de charité, l’Etat a montré que la grâce ne l’avait pas déserté, mais si celle-ci n’est pas canalisée par la rigueur, elle conduira à sa ruine.