La Loi d’abord, les sentiments après… ou l’inverse ?

Dans une procédure de divorce l’épouse affirme se faire tabasser par son mari. le magistrat se tourne vers l’épouse : «Mais madame, c’est votre mari, et à  ce titre, il a tous les droits sur vous, y compris celui de vous éduquer, fût-ce par la force… Tenez, pas plus tard que ce matin, j’ai, moi-même qui vous parle, éduqué ma femme pour une raison qui ne vous regarde pas. Croyez-vous qu’elle ira se plaindre ? Non. Et tout est rentré dans l’ordre !».

Et puisque nous parlions de magistrats, il convient aussi de signaler des comportements quasi exceptionnels, et même parfois loufoques.
Commençons par le premier cas qui devrait être enseigné dans les facultés de droit. Dans une grande ville du pays, deux véhicules s’accrochent : l’un est une puissante berline, l’autre un modeste véhicule du genre pick-up, qui a subi des dégâts importants. L’affaire est banale, les torts plus ou moins partagés, et il n’y a pas mort d’homme, donc tout pourrait se régler sans problèmes. Mais non ! De la berline, descendent deux jeunes hommes bien mis qui contestent la version du conducteur du pick-up, refusent toute idée de constat amiable, s’échauffent devant la foule qui s’agglutine, puis perdant toute retenue se jettent sur l’autre chauffeur, et le rouent de coups, avant que la police, arrivée entre-temps, ne s’interpose. L’un des deux jeunes hommes entraîne un policier à l’écart, lui glisse quelques mots à l’oreille, puis, lui et son ami remontent dans la berline et quittent les lieux, sans autre forme de procès : il commence à faire chaud, en cette matinée de juin. Le conducteur du pick-up est lui embarqué par les agents de police qui le présentent séance tenante au parquet pour défaut de maîtrise, non adéquation de la vitesse au lieu de l’accident. Le procureur du Roi (et non un quelconque substitut) s’étonne des traces de coups sur lui, demande des explications…et constate aussitôt de l’embarras dans l’air : on biaise, on répond à côté, on esquive… ce qui ne fait qu’exacerber la curiosité du magistrat. Celui-ci tombera des nues, lorsqu’on lui apprendra que les deux jeunes gens bien mis, ne sont autres que ses propres fils, vraisemblablement victimes d’un coup de chaud au cours duquel ils se sont (un peu) lâchés. Tout le monde est consterné, les policiers, le conducteur du pick-up (qui retire illico sa plainte contre X), et tout le petit monde judiciaire du palais de justice. Mais le procureur est un homme de loi de la vieille école à qui on ne l’a fait pas. Il ordonne l’arrestation des deux prévenus (ses fils, donc), les place en garde-à-vue durant 48 h, avant de décider de les poursuivre, pour coups et blessures à autrui, dégâts matériels et délit de fuite. Pragmatique, il leur accordera la liberté provisoire, non en raison du lien de famille qui les unit, mais bien parce que la partie adverse a présenté un désistement de sa plainte, et que les préjudices ne sont, en fait, pas énormes ! Un peu plus tard, ce sera un magistrat du siège, ému et impressionné par ce comportement exemplaire qui décidera, encouragé par tous ses collègues, de classer le dossier sans suites afin d’éviter toute inscription au casier judiciaire des jeunes gens. Le second cas est plus bizarre. Le médecin et philosophe suisse Carl Gustav Jung avait écrit : «Penser est difficile ; c’est pourquoi la plupart se font juges».
Dans une procédure de divorce, l’épouse reproche à son mari son infidélité, ses absences répétées…et ses coups. En bref, monsieur tabasse madame. Lors d’une séance d’enquête dans le bureau du magistrat à laquelle les deux parties sont présentes, la dame confirme ses accusations, certificats médicaux à l’appui. Le juge les regarde à peine et entame son discours de conciliation, argumentant que la vie de couple est plus qu’un mariage, c’est sacré ; que le diable s’est interposé entre eux, et blablabla. Bref, il s’écoute parler et il est bien le seul, quand soudain, la dame, énervée l’interrompt, montre un hématome sur son bras et demande : «Et ça c’est le diable qui me l’a fait ?». Le magistrat est d’abord interloqué par cette audace, puis il se ressaisit, demande au mari et à son avocat de quitter le bureau, ainsi que le greffier, puis se tourne vers l’épouse : «Mais madame, c’est votre mari, et à ce titre, il  a tous les droits sur vous, y compris celui de vous éduquer, fût-ce par la force… Tenez, pas plus tard que ce matin, j’ai, moi-même qui vous parle, éduqué ma femme pour une raison qui ne vous regarde pas. Croyez-vous qu’elle ira se plaindre ? Non. Et tout est rentré dans l’ordre !».
Consternant, c’est le terme qui convient, et aussi d’admettre que  C.G Jung avait vu juste.