La lenteur du changement structurel

Le processus de «diversification productive» requiert une accélération
de sa mutation vers
une production
à  haute valeur ajoutée. Cette mutation devrait permettre à  l’économie nationale de bénéficier des opportunités offertes par la mondialisation

Sur la longue période, l’économie marocaine a connu une transformation limitée comparativement à celle observée dans certains pays émergents. La composition sectorielle du PIB n’avait pas évolué sensiblement sur plus de vingt cinq années. Depuis le début des années 2000, l’évolution structurelle de la croissance nationale confirme un léger engagement du Maroc sur la voie de la diversification de la base productive et d’une tertiairisation croissante du tissu productif national. Cette dynamique de l’économie nationale reflète-t-elle l’amorce d’un changement structurel et renforcera-t-elle sa capacité d’adaptation et d’absorption des chocs ?

La dynamique d’évolution globale des structures économiques révèle une différenciation du rythme de croissance des secteurs d’activité. Des activités ont évolué à un rythme nettement supérieur à celui de l’économie dans son ensemble : l’agriculture et la forêt, l’électricité et l’eau, le BTP, les postes et télécommunications et les activités financières et assurances. Des secteurs ont dégagé une croissance légèrement supérieure à celle de l’économie : les transports, l’immobilier, les services rendus aux entreprises, l’éducation et la santé. Des activités ont dessiné une tendance à la décélération : l’industrie d’extraction, les industries de transformation, le commerce, les hôtels et restaurants, les autres services non financiers et l’administration. Des secteurs ont accusé un repli dont le raffinage de pétrole. 

Le comportement des différentes branches d’activités révèle l’émergence de certains secteurs ayant contribué de façon sensible à la modernisation du tissu productif national. Les efforts de diversification du Plan Maroc Vert ont atténué la dépendance de la production agricole aux aléas climatiques. Néanmoins, l’agriculture demeure marquée par une faible pénétration technologique et par des exploitations de petite taille. Utilisant peu d’intrants industriels, l’agriculture a un faible effet sur les activités en amont. L’industrie manufacturière a enregistré une croissance légèrement inférieure à celle de la première période et a évolué à un rythme insuffisant, compte tenu de son poids dans le PIB, pour élever le niveau de la croissance. Le récent positionnement sur les secteurs porteurs de la demande mondiale (automobile, aéronautique) a amélioré les performances de l’industrie. Mais sa structure est dominée par des spécialisations traditionnelles (agroalimentaire et textile) caractérisées par une progression lente dans le commerce mondial. La taille de ce secteur ne lui permet pas encore de jouer le rôle de locomotive de la croissance. L’industrie est dans sa globalité peu intégrée. Son effet d’entraînement reste limité : la plus grande part de sa demande intermédiaire provient de l’extérieur. Les activités tertiaires, quant à elles, ont progressé à un rythme dépassant celui de l’activité dans son ensemble. Les branches traditionnelles contribuent encore fortement à la production globale malgré l’émergence d’activités nouvelles (télécommunication, finances, hôtels et restauration). Cependant, des secteurs à forte valeur ajoutée et les services de nouvelle génération gagnent un peu de terrain sur les secteurs traditionnels. Mais, le contenu technologique des services exportés est relativement faible en comparaison avec d’autres pays à revenu intermédiaire comme ceux de l’Inde dont la structure est dominée par les services à haute teneur en technologie.

D’une manière générale, la dynamique du tissu productif reste marquée par de grandes disparités. La croissance ne s’est pas accompagnée de création de valeur ajoutée dans les branches porteuses de technologie. Ceci constitue probablement un obstacle au passage de l’économie marocaine à un stade de développement supérieur. Certains secteurs sont performants et répondent aux exigences de la compétitivité internationale alors que d’autres restent encore peu efficients et trouvent des difficultés à faire face à la concurrence étrangère. Les effets d’entraînement d’un certain nombre de secteurs n’ont pas été à la hauteur des objectifs. La nouvelle dynamique dont font preuve les activités est le fruit des différentes réformes structurelles et sectorielles qui ont porté plus essentiellement sur le soutien financier à l’investissement, la simplification des formalités administratives, la levée de la contrainte du foncier, etc. Cependant, le changement structurel d’une économie est un processus dynamique et complexe. Il dépend de plusieurs facteurs, notamment de l’état initial des structures, de leurs interdépendances, ainsi que de l’environnement économique, technique et social. 

Le processus de «diversification productive» requiert une accélération de sa mutation vers une production à haute valeur ajoutée. Cette mutation devrait permettre à l’économie nationale de bénéficier des opportunités offertes par la mondialisation. Le maintien d’une croissance pérenne génératrice d’emplois et inclusive suppose le renforcement des secteurs productifs intégrés et connectés à des activités de services performants n