La leçon de Bill

A voir la manière de faire et d’être de l’ancien locataire de la Maison Blanche, on comprend pourquoi ce dernier, pour la huitième année consécutive, reste la personnalité préférée des Américains.

Pendant qu’Hillary, campagne présidentielle oblige, gardait la maison, Bill et Chelsea sont venus prendre des couleurs, ainsi que quelques menus millions, à Marrakech où la Clinton Global Initiative tenait sa première rencontre dédiée à l’Afrique et au Moyen-Orient. Accompagné de sa fille, l’ancien président des USA a assuré en personne l’animation et la modération des sessions d’ouverture et de clôture de l’évènement. Un show médiatique remarquable et riche en enseignements pour qui a eu l’opportunité d’y assister. Nos propres détenteurs de pouvoir, qu’ils soient responsables politiques ou patrons, gagneraient vivement à s’inspirer de la manière de communiquer de celui qui, tout 42e président des USA qu’il fût, n’hésite pas à mouiller la chemise pour séduire et se gagner les suffrages.

L’entrée en campagne d’Hillary Clinton d’abord pour l’investiture du parti démocrate puis, si elle obtient celle-ci, pour la présidence des USA, place sous les projecteurs la fondation créée par son époux et dans laquelle il s’active personnellement depuis qu’il a quitté la Maison Blanche. Le même jour où se tenait la rencontre CGI de Marrakech sortait aux USA «Clinton cash», un livre très attendu et, surtout, redouté par la candidate démocrate. En effet, son auteur avance que des gouvernements étrangers auraient reçu des faveurs d’Hillary Clinton quand celle-ci était secrétaire d’Etat d’Obama en échange de leurs dons à la fondation. Et que certaines transactions auraient permis aux Clinton de se mettre des millions dans la poche par le biais de la CGI. Le propos de cette chronique cependant n’est pas tant, ici, de juger de la validité ou pas de ce type d’attaques, classiques dans un contexte de campagne électorale, que de s’intéresser aux deux ou trois leçons que l’organisation de pareil évènement peut nous enseigner.

La plus importante est celle administrée par Bill Clinton en personne. A voir la manière de faire et d’être de l’ancien locataire de la Maison Blanche, on comprend pourquoi ce dernier, pour la huitième année consécutive, reste la personnalité préférée des Américains. Onze ans après qu’il eût quitté le bureau ovale, 60% de ses concitoyens continuent de penser qu’il fut un président exceptionnel. Outre son bilan, cela tient à sa personnalité et à son talent politique alors même qu’il fut l’objet d’un scandale de dimension planétaire (affaire Levinski). Mais Bill avait pour lui d’être aimé et apprécié. Chaleur, empathie, capacité à écouter et à mettre en valeur l’autre, ces qualités-là, associées à un sens politique aiguisé, sont les armes maîtresses du mari d’Hillary Clinton. Et ce sont ces qualités-là que l’on a pu admirer à Marrakech. Pour des Marocains habitués à la froideur distante de la plupart de leurs détenteurs de pouvoir, il y avait quelque chose de fascinant à voir agir cet ancien président qui – excusez du peu- fut pendant huit ans l’homme le plus puissant de la planète. A le voir modérer les séances avec tout ce que cela signifie, recevoir, présenter, valoriser et, surtout, se mettre en retrait quand il le faut. Nommant par les prénoms, recevant du «Bill» à tour de phrase, donnant l’accolade à ceux qu’il connaissait. En un mot, assumant à la perfection la fonction du modérateur à qui il revient de mettre à l’aise ses invités.

La session de clôture terminée, que croyez-vous que fît Bill Clinton ? Sortir avec emphase sous les projecteurs et les applaudissements ? Pensez-vous ! Un simple merci à l’auditoire, puis des notes qui se rangent, des invités qui se saluent et cette scène incroyable où on le vit, pour répondre aux sollicitations des journalistes et des personnes de la salle, s’asseoir sans plus de formalisme sur le bord de la tribune pour échanger avec tous. En dépit de la fonction prestigieuse qui fut la sienne, Bill Clinton n’a cessé de se comporter comme un homme du commun. L’empathie, la chaleur, la capacité à donner à son interlocuteur, quel que soit son niveau social, le sentiment qu’il est important, l’ancien président y excelle. Et c’est là sa botte secrète. Nos patrons et nos hauts commis de l’Etat dont certains n’aiment rien de plus que s’enfermer dans leur tour d’ivoire et regarder de haut le «menu fretin» s’agiter à leurs pieds devraient en prendre de la graine. L’autorité n’est pas affaire de posture mais de compétences et de capacités à éveiller le respect d’autrui. Et cela passe par le respect de celui qui est en face, fût-il au plus bas de l’échelle sociale.