La force du mental

Dans notre pays, on peut, sans grande crainte de se tromper, avancer que beaucoup de Marocains sont à  l’image de ces joueurs de l’équipe nationale : sans véritable force ni foi en eux-mêmes. Face aux difficultés, ils sont trop rapidement gagnés par le découragement. Ils abandonnent trop vite la partie et ont tendance, la plupart du temps, à  se déresponsabiliser (mcha à¢aliya tran, mcha à¢alia tobiss, etc.)

Heureusement, ce soir-là, comme pour rappeler aux Marocains où est l’essentiel, la pluie était tombée. Une bonne pluie bien drue, bienfaisante à souhait. Il n’empêche. Quand, vendredi soir à Libreville, l’arbitre a sifflé la fin de la partie qui venait de s’achever sur la victoire des «Panthères» sur les «Lions», c’est assommés que les supporters de ces derniers ont quitté les cafés où beaucoup s’étaient réunis pour suivre le match Maroc-Gabon. Aussi assommés que les joueurs marocains eux-mêmes lorsque les Gabonais, après avoir été menés 0 à 1 pendant pratiquement toute la durée du jeu, ont réussi dans le dernier quart d’heure à inscrire trois buts. Et à arracher la victoire que leurs adversaires avaient cru acquise. A l’équipe gabonaise, une seule chose est à dire : bravo ! Plus que pour le jeu et pour la performance, pour la force de leur mental. Bravo aux joueurs mais également à leur public qui ne les a pas lâchés, qui les a encouragés jusqu’au bout, contribuant ainsi, pour une bonne part, à leur victoire.

Le fait est connu de tous ; arrivé à un certain stade de la compétition, ce qui fait la différence entre les sportifs de haut niveau est justement cette force du mental. Une force qui a cruellement fait défaut aux Lions de l’Atlas au cours de ce «match de la dernière chance». Car, même pour qui, comme l’auteure de ces lignes, n’y connaît rien aux subtilités du ballon rond, il apparaît clair que le «pas d’chance» ne peut être invoqué comme cause de la défaite marocaine. Par contre, la manière dont le match Maroc-Gabon s’est soldé par celle-ci, du fait du jeu des Lions de l’Atlas, est révélatrice des fragilités qui travaillent la société marocaine actuelle. Ce manque de confiance en soi, cette incapacité à transformer des coups d’éclat en victoires malgré l’existence de vraies compétences, cette difficulté à jouer collectif… tout cela peut être transposable au niveau global. D’ailleurs, si l’on parle d’équipe «nationale», si les citoyens d’un pays suivent avec autant de passion les matchs de celle-ci, ce n’est pas sans raison. C’est bien parce qu’ils se projettent en elle, parce que sa défaite ou sa victoire sont vécues comme «l’échec» ou la «réussite» de la nation tout entière. Et donc, par extrapolation, les leurs.

Dans notre pays, on peut, sans grande crainte de se tromper, avancer que beaucoup de Marocains sont à l’image de ces joueurs de l’équipe nationale : sans véritable force ni foi en eux-mêmes. Face aux difficultés, ils sont trop rapidement gagnés par le découragement. Ils abandonnent trop vite la partie et ont tendance, la plupart du temps, à se déresponsabiliser (mcha âaliya tran, mcha âalia tobiss, etc.). D’où cette société qui doute d’elle-même, cette jeunesse qui ne rêve que de départ…

Maintenant ce mental fort, qui, lorsqu’on le possède, permet de déplacer des montagnes, comment s’acquiert-il ? Avant d’être, dans le cas de ces sportifs de haut calibre que sont les joueurs internationaux de football, consolidé à force de coaching, il se forge à la maison, puis à l’école. La confiance en soi, à la base de cette «force du mental», ou son contraire, le manque de confiance en soi s’installent très tôt. Les premières années de la vie sont, en cela, déterminantes. Chez nous, quand l’enfant paraît, il est, en règle générale, objet de beaucoup d’amour. Un atout de taille, cela va s’en dire. Le problème est qu’une fois le giron de la mère quitté, la situation change du tout au tout. Que ce soit au msid ou à l’école, rien n’est fait pour asseoir la confiance en lui de l’enfant et favoriser son éveil. L’enseignant, ou le fquih, est obnubilé par une seule chose : lui faire ingurgiter le maximum de connaissances et à la trique s’il le faut. Qu’il comprenne ou pas n’est pas le plus important, l’essentiel est qu’il soit capable de restituer, parfois mot par mot, ce qui lui a été appris. Cette pédagogie de la cravache, on l’aura compris, n’est pas ce qu’il y a de mieux pour contribuer à ce mental fort nécessaire pour décrocher la victoire, non seulement sur un terrain de foot mais sur le terrain de la vie d’une manière générale. Aussi, quand les supporters des Lions de l’Atlas voient leurs joueurs «craquer» après avoir été à deux doigts de remporter la victoire, c’est un peu de leur histoire qui leur est renvoyée à la figure. D’où, au delà de la déception, l’immensité de l’amertume qui s’empare d’eux et les fait plonger dans un océan de déprime.