La finance internationale en crise

Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine et oracle des marchés, a prévenu que la crise qui se prépare sera sans doute la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Ironie du sort, son successeur, Ben Bernanke, est un des spécialistes mondiaux de la crise de 1929. Après la théorie de la crise, il se retrouve donc confronté à  des travaux pratiques sans précédent.

La crise financière qui sévit dans les pays occidentaux a quelque chose d’insolite. Comment se fait-il que des difficultés de paiement dans un segment particulier du financement de l’immobilier aux Etats-Unis (subprime mortgage) aient pu dégénérer en crise générale du crédit qui aurait complètement paralysé le marché international de la liquidité bancaire sans l’intervention répétée et massive des banques centrales ? Pour le comprendre, il faut entrer dans les arcanes du modèle de financement dit de titrisation des crédits, devenu prépondérant aux Etats-Unis à  partir de 2001. Ce modèle a entraà®né une baisse de l’aversion au risque des prêteurs et une sous-évaluation du risque à  l’origine des crédits. La dissémination du risque, qui est la raison d’être de la titrisation, s’est accompagnée d’une déperdition d’information sur le risque des crédits tout au long de la chaà®ne qui va de l’emprunteur initial aux acheteurs des tranches de crédit titrisé. Ce modèle de financement est devenu une machine à  engendrer des pertes. La crise du crédit immobilier américain a révélé un certain nombre de faiblesses des systèmes financiers occidentaux. La titrisation, qui a permis d’étendre très largement le champ d’action des banques, a conduit à  sous-estimer massivement les risques à  leur bilan. La complexité des produits financiers et de leurs circuits d’échange a rendu très difficile une évaluation correcte des risques et accentué la défiance sur le marché interbancaire. Clé de voûte du système de titrisation, les agences de notation sont elles aussi en cause aujourd’hui, tout comme le système d’évaluation des risques bancaires fondé sur les modèles d’évaluation internes.

Toujours plus complexe, la finance nourrit les espoirs d’enrichissement les plus fous et suscite les craintes du profane comme de l’analyste le mieux informé. Qui comprend aujourd’hui le fonctionnement des marchés financiers internationaux ? En septembre 2007, au commencement de la crise des subprimes, l’économiste en chef de la Banque d’Angleterre ne confessait-il pas lui-même ne plus rien comprendre à  la finance contemporaine ? Si les missions traditionnelles des marchés financiers n’ont guère varié depuis leur création, les moyens qu’ils mettent en Å“uvre pour les remplir sont toujours plus sinueux. Les meilleurs mathématiciens du monde sont mis à  contribution pour élaborer des modèles savants, mais ni les acteurs ni le système financier international n’en sont rendus plus rationnels pour autant -en témoigne la bulle boursière des années 1999-2000, suivie par la bulle immobilière américaine. Or, quand les marchés financiers trébuchent, l’économie réelle en est rapidement affectée : l’histoire a montré que les plus grandes dépressions ont souvent leur source dans une crise financière et monétaire. C’est la mécanique du domino : une faillite bancaire qui en entraà®ne une autre et, finalement, c’est tout le système qui s’écroule. On n’en est pas encore là , mais la peur s’empare de Wall Street, tandis que les traders cherchent justement qui sera la prochaine victime de la crise, sur fond de rumeurs d’une nouvelle défaillance d’une banque américaine… On évoque la défiance des investisseurs puisque , malgré les décisions prises à  Washington, rien n’a l’air assez efficace pour juguler la crise. L’administration Bush et la Réserve fédérale américaine se mobilisent pour éviter la débâcle du système financier. Décrochage des places boursières, vent de panique sur les banques américaines, chute du dollar, le scénario ressemble à  un thriller économique.

Parmi les personnages de ce roman compliqué dans les coulisses de la crise, Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, l’oracle des marchés, a prévenu que la crise qui se prépare sera sans doute la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale. Ironie du sort, son successeur, Ben Bernanke, est un des spécialistes mondiaux de la crise de 1929. Après la théorie de la crise, il se retrouve donc confronté à  des travaux pratiques sans précédent.

A l’heure o๠la crise financière s’étend au secteur des assurances et o๠les institutions financières recherchent des solutions pour réformer et compléter le système de surveillance, là  o๠il s’est révélé absent ou distorsif, il est nécessaire de pointer du doigt les faiblesses structurelles actuelles du système financier international et de revisiter les solutions en terme de régulation. Aujourd’hui, les régulateurs semblent dépassés par les événements, engagés dans une course poursuite o๠les protagonistes ne partagent ni la même ligne de départ ni les mêmes ressources, loin s’en faut. Les systèmes de contrôle des risques bancaires ont montré leur défaillance. Les banques centrales, critiquées de toutes parts, sont dans l’impasse. Les gendarmes nationaux, trop faibles, ne peuvent que constater les délits. Restent les instances internationales, pour l’heure délégitimées, mais qui constituent peut-être l’avenir de la régulation d’une finance mondialisée et multipolaire.