La démocratie, c’est ça

Etaient en lice pour cette mairie de Londres un juif fils de milliardaire et un musulman fils d’immigré. Les Londoniens ont choisi Sadiq Khan. Pourquoi ? Parce qu’il est musulman, parce qu’il est d’origine pakistanaise? Non. Parce qu’il a été celui qui a su le mieux les convaincre, parce que sa vision pour Londres est celle qui correspondait le plus aux attentes des Londoniens.

L’événement est à la une de l’actualité internationale. L’élection d’un musulman fils d’immigré pakistanais à la tête de l’une des plus grandes villes du monde n’est pas sans rappeler, bien que dans une moindre mesure, celle de Barak Obama à la présidence des USA. Sadiq Khan, maire de Londres, le symbole est d’autant plus puissant que Daesh, par sa guerre de la terreur, tend à faire des musulmans les nouveaux parias de l’Europe. Aussi les ressorts de cette remarquable ascension sociale et politique sont-ils passés au crible. Son milieu, sa famille, comment le nouveau maire de Londres a gravi les échelons, on s’attache au moindre détail de sa success-story.  Au détour de la profusion d’articles qui lui sont consacrés, on apprend par exemple que son père acceptait volontiers de faire des heures supplémentaires à l’exception du dimanche, car, ce jour-là, il emmenait ses enfants au musée. L’homme pourtant n’était qu’un humble chauffeur de bus pakistanais. Cette éducation à la culture  et à l’art couplée à une culture du travail et de l’effort serait-elle l’un des secrets de la formidable réussite politique de Sadiq Khan ? A moins qu’il ne s’agisse d’une information glissée aux journalistes dans le seul but d’enjoliver le portrait, il n’est pas anodin que dans une famille de travailleurs immigrés, on passe son dimanche à faire les musées. Si donc il est vrai, le détail a son importance. Par contre, que dans cette famille modeste, on travaillait dur, c’est le propre de la plupart des travailleurs immigrés. La mère, lit-on, cousait des robes à 25 cents en préparant les repas pendant que le père faisait des journées à rallonge au volant de son autobus. L’intéressé pour sa part  se distingue par l’excellence de ses résultats scolaires. A la différence de son rival dans la course pour la mairie, Zac Goldsmith, fils de milliardaire, qui a étudié dans les plus grands établissements privés, le futur maire de Londres est passé par l’école publique. En tant qu’enfant d’immigré, il expérimente le racisme ordinaire mais y fait face en se choisissant la boxe comme sport. Devenu avocat spécialisé dans les questions des droits de l’homme, il fait ses premiers pas en politique en devenant conseiller municipal à 24 ans. Ensuite, c’est la ligne droite. Député à 34 ans, il connaît une première consécration en devenant ministre à 37 ans. Et maintenant, l’histoire retiendra de lui qu’il fut le premier musulman à diriger la plus grande ville d’Europe, Londres et ses 8,7 millions d’habitants.

Que retenir de cette victoire ? De nombreuses choses mais deux, essentielles : le poids de la méritocratie et la force de la citoyenneté. Pour arriver là où il est, Sadik Khan ne s’est pas contenté d’être intelligent. Il a bossé et bossé dur, ne se posant pas en victime mais en lutteur qui, face aux obstacles, se bat, déterminé à relever les défis de quelque nature qu’ils soient. Quand d’autres, face aux inégalités de classe et à l’exclusion qu’elles engendrent, lâchent prise, laissant la rancœur quand ce n’est la haine sociale les envahir, un Sadiq Khan comme un Ahmed Aboutaleb (maire d’origine marocaine de Rotterdam) ou une Najat Vallaud Belkacem (ministre française de l’éducation) serrent les dents et avancent, portés par la volonté farouche de s’en sortir par le travail. Maintenant, à côté des qualités personnelles et de l’accès à un système d’enseignement qui donne ses chances à qui veut les saisir, un autre facteur joue dans les success story de ces fils et filles de l’immigration : leur environnement familial. Il y a fort à parier qu’à ces enfants-là, on a dû apprendre très tôt la valeur de l’effort et du travail. Quant au cas  Sadiq Khan, ce père amateur de musées a contribué grandement, en initiant et en ouvrant son fils sur la culture de l’autre, à faire de lui cet homme en qui ses concitoyens ont choisi aujourd’hui de placer leur confiance.

La force de la citoyenneté à présent. Etaient en lice pour cette mairie de Londres un juif fils de milliardaire et un musulman fils d’immigré. Les Londoniens ont choisi Sadiq Khan. Pourquoi ? Parce qu’il est musulman, parce qu’il est d’origine pakistanaise? Non. Parce qu’il a été celui qui a su le mieux les convaincre, parce que sa vision pour Londres est celle qui correspondait le plus aux attentes des Londoniens. Ne se laissant pas arrêter par des considérations d’ordre identitaire, ces derniers ont porté Sadiq Khan à la mairie parce qu’ils l’ont, à près de 57% des voix, jugé le plus apte à diriger la ville. La démocratie, c’est ça.