La culture pour tous et pour chacun

Entre un beau caractère d’imprimerie et celui, bien trempé, d’un individu, la différence est dans le sens que chacun dégage. «Diseur de bons mots, mauvais caractère», écrit Pascal dans ses fameuses «Pensées». Autrement dit, les bons esprits ont mauvais caractère. Mais l’inverse n’est pas toujours vrai car , comme disait La Bruyère qui avait beaucoup planché sur les caractères dans un ouvrage éponyme : «Il y a des gens d’une certaine étoffe ou d’un certain caractère avec qui il ne faut jamais se commettre…».

Toujours tout remettre au lendemain. Ne pas programmer, ne pas planifier, ne pas tirer des plans sur la comète. Cette tendance porte un joli nom très littéraire : procrastination. C’est bon à savoir, comme dirait l’autre psychorigide qui vient d’entendre une bonne blague qui a fait rire tout le monde sauf lui. Pour lui, une bonne vanne est, tout au plus, une info et rien d’autre.

Il est dans la nature de ceux qui n’ont  jamais rien programmé, ni leur vie ni leur carrière, de s’en remettre au temps qui passe. Ils ne sont pas dans l’air du temps, «cette ambition des feuilles mortes» (dixit Kundera), mais tout simplement dans le temps, au jour le jour, c’est-à-dire dans l’ajournement. Pour les uns, ce sont des glandeurs, pour d’autres, plus condescendants, des poètes ou alors  des êtres dépourvus d’ambition, voire de caractère. Ah ! le caractère, voilà encore un joli mot dérivé à la fois du latin et du grec et signifiant signe ou empreinte gravés. En anglais, on ne s’est pas compliqué la vie comme d’habitude, le mot «character» signifie : personnage d’un roman ou d’un film.

Entre un beau caractère d’imprimerie et celui, bien trempé, d’un individu, la différence est dans le sens que chacun dégage. «Diseur de bons mots, mauvais caractère», écrit Pascal dans ses fameuses Pensées. Autrement dit, les bons esprits ont mauvais caractère. Mais l’inverse n’est pas  toujours vrai car, comme disait La Bruyère qui avait beaucoup planché sur les caractères dans un ouvrage éponyme : «Il y a des gens d’une certaine étoffe ou d’un certain caractère avec qui il ne faut jamais se commettre…».

Je ne sais pas pourquoi je me suis lancé dans cette histoire de caractères au début de cette chronique. Peut-être pour dire qu’il m’arrive aussi, et très souvent, de ne pas programmer certaines choses de la vie. Et je l’avoue, même pas les sujets de certaines chroniques, au risque de choquer certains lecteurs et de scandaliser les responsables de la rédaction. Cet aveu étant fait, je dois dire que le thème de cette chronique devait, en fait, porter sur «la culture pour tous ou pour soi». Je sais que cela a un petit côté vintage et fleure bon le sujet du bac philo, lorsque celle-ci était enseignée au temps de jadis par des profs qui en parlaient en connaissance de cause. La vérité est que le thème est d’actualité et est inspiré d’un débat qui fait rage (si l’on peut dire s’agissant de culture) entre les tenants de la «culture pour tous» et ceux de «la culture pour chacun». Cela se passe en France, vous l’auriez deviné, suite à un projet lancé par Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, qui, lui, est en faveur de «la culture pour chacun». Ce nouveau slogan vise à décloisonner les activités et les pratiques culturelles et à réhabiliter les cultures dites populaires. Pour le ministre, les «élites», artistes, créateurs, etc., ont profité des aides et subsides de l’Etat depuis des années -soit depuis la création du ministère grâce à André Malraux appuyé par le président Charles de Gaulle- mais ont œuvré en vase clos et selon leurs propres normes. Cela a fait fuir ou «intimider» les classes populaires qui ne se retrouvent pas dans les élucubrations et autres innovations élitistes du milieu artistique.

Alors que faire ? Comme dirait Lénine. A propos de ce dernier et pour évoquer des souvenirs personnels, cette polémique a un petit air de ressemblance avec le débat sur la culture socialiste et populaire qui a fait couler tant de salive dans les réunions au temps de la militance  entre un Vieux Papes bien frappé et des brochettes bien relevées au Châteaubriant à l’Agdal. Mais c’était au temps de jadis, c’est à dire il y a longtemps, il y a une éternité. Avec cette différence, énorme, que l’on parlait de quelque chose qui n’existait pas encore et qui n’existe toujours pas. Ni culture pour tous ni culture pour chacun. Seule reste la culture pour soi et la culture chez soi.

Toujours à propos de la culture pour tous, on peut lire avec profit une chronique de Maupassant (dont une anthologie de tous ses textes journalistiques vient d’être publiée dans la collection «Pochothèque» Le Livre de Poche). Sous le titre «A propos du peuple», Maupassant répond à un article de Jules Vallès lui reprochant de ne pas écrire pour le peuple. C’était en 1883, il y a déjà plus d’un siècle : «Au fond, écrit Maupassant dans le journal Le Gaulois, M. Vallès, qui a pour les barricades un amour immodéré, n’admet point qu’on aime autre chose. Il s’étonne qu’on puisse loger ailleurs que sur des pavés entassés, qu’on puisse rêver d’autres plaisirs, s’intéresser à d’autres besognes. Je respecte cet idéal littéraire, tout en réclamant le droit de conserver le mien, qui est différent. Certes la barricade a du bon comme sujet à écrire. M. Vallès l’a souvent prouvé, mais je ne crois pas qu’elle soit plus utile à la question des boulangeries populaires que les amours de Paul et de Virginie».