La conférence des oiseaux chanteurs

lorsqu’ils se mettent à  chanter, les oiseaux ne relèvent plus de l’agriculture mais de la culture.

Dans une lecture de la presse, de plus en plus anxiogène par ces temps médiocres et sinistres, on passe souvent outre certaines informations qui sont pourtant des remèdes contre la sinistrose ambiante. Est-ce l’intention charitable de rédacteurs compatissants  qui est à l’origine de ces antidotes qui font du bien au moral du lecteur ? Ou n’est-ce alors que le hasard d’une actualité échevelée où le pire rejoint le rire dans une anarchique hiérarchie de l’information ? Toujours est-il que ce jour-là, lors d’une semaine qui a enregistré son lot de drames nationaux et internationaux, puis de conférences et de rencontres de toutes sortes pour examiner d’autres drames encore, voilà que l’on peut lire ce joli titre, serein et simple comme une chanson : «El Jadida : Premier forum national des oiseaux chanteurs». Lorsqu’on a ingurgité toutes les misères rapportées par la presse du jour, comment résister dès lors à cette invitation à la poésie et à l’espérance ? Sérieusement et sans ironie aucune, de telles infos devraient être annoncées en première page. Car on n’a pas besoin d’être un ornithologue convaincu, ni un éleveur d’oiseaux passionné pour s’intéresser au devenir du chant de ces volatiles. D’autant que ce forum est organisé, nous dit-on, pour la première fois au Maroc et à l’initiative de l’Union ornithologique marocaine (vous saviez, vous, que ça existe ? Alors, c’est pas de l’info, ça ?), en collaboration avec une association culturelle d’El Jadida et une autre qui porte bien sûr le beau nom de «Bec d’or». C’est bien connu, lorsqu’ils se mettent à chanter, les oiseaux ne relèvent plus de l’agriculture mais de la culture. Un canari qui pousse la chansonnette, ce n’est plus un volatile vulgaire et subalterne, comme la poule, la dinde, le canard, ou même le coq dont le chant n’est pas homologué. Trop bruyant, trop m’as-tu-vu et surtout très lève-tôt pour un artiste qui se respecte. Bref, pas la classe.  
Lors de ce forum, deux espèces d’oiseaux ont été présentées, le canari Malinois belge et le canari Flawta qui est de chez nous. Mais ce dernier aurait des chances d’être promu à l’échelle mondiale grâce à des rencontres comme celles-ci. Après les débats qui ont dû être riches en enseignements et en chants d’oiseaux, un concours en individuel et par équipe (comme au  tennis) a départagé les participants dans les deux catégories précitées : le canari Malinois belge et le Flawta national. Seule note dramatique dans cette information : le forum a clôturé ses travaux par «une minute de silence à la mémoire de nos frères palestiniens morts dans les récents raids israéliens sur Gaza». Comme quoi, on a beau dire, on n’échappe pas à l’info qui scie le moral ni aux paradoxes de la société marocaine. Comment peut-on, dans le même temps, faire concourir des oiseaux qui chantent et leur faire observer une minute de silence ? Mais ces éleveurs de volatiles ont peut-être leur propre technique de dressage pour  fermer leur bec à ces oiseaux guillerets. En tout cas, bravo les artistes et vive les oiseaux qui chantent quels que soient leur souche, leur couleur et leur nom.
A propos de nom d’oiseaux et toujours dans la presse, mais dans Le Monde cette fois-ci, ce titre : «Ni putes, ni soumises ouvre une antenne au Maroc». Sans majuscules, ni guillemets à «putes et soumises». Pour un lecteur marocain lambda qui ne sait rien de l’association féministe française fondée par Fadéla Amara, aujourd’hui ministre chez Sarkozy et tutti quanti, ce titre va lui poser un p… de problème hachakoum. Bon, après on comprend, ou presque, que ce sont deux jeunes femmes polytechniciennes qui ont, lors d’un rallye automobile, annoncé la franchise marocaine  de NPNS. On ne voit pas le rapport avec les bagnoles, mais passons. Il paraît même que cela a engendré une polémique (Ah bon ? Peut-être qu’on était alors trop occupé avec le forum des oiseaux qui se pètent les cordes vocales) et que l’on a traduit l’appellation contrôlée NPNS dans un arabe trop classique et édulcoré (La baghya, la khaniâ). C’est presque la même chose qu’en français mais qui serait du latin. Pour piger l’astuce, il faut avoir lu et compris Ibn Al Moqafâa en arabe de l’époque dans le texte. On a appris aussi que l’installation d’autres antennes (quel mot horrible en l’occurrence !) de NPNS est à l’étude en Algérie, en Arabie Saoudite et en Afghanistan. Méziaaaane !  Bonjour les débats et bon courage les filles ! En tout état de cause, dans ces pays des femmes ensevelies sous le voile, le tchador et la burqa, si la traduction édulcorée ne leur convient pas, on conseille de garder l’appellation en français avec un léger travestissement comme par exemple : «Ni pulls, ni chemises».