Jeudi noir

Des hordes humaines s’abattant, comme une nuée de criquets, sur une cité, molestant ses habitants, les dévalisant, pillant les commerces, les démolissant scrupuleusement, vandalisant les bus et même le tramway, nouvelle fierté de la ville, se faisant obéir par la menace de l’arme blanche.

Des hordes humaines s’abattant, comme une nuée de criquets, sur une cité, molestant ses habitants, les dévalisant, pillant les commerces, les démolissant scrupuleusement, vandalisant les bus et même le tramway, nouvelle fierté de la ville, se faisant obéir par la menace de l’arme blanche. Rassurez-vous, vous n’avez pas franchi le mur du temps, vous n’avez pas atterri au Far-West, parmi des bandits qui s’amusent à semer la terreur, vous vous trouvez seulement dans une artère importante de Casablanca, prise d’assaut par une légion de supporteurs des équipes en lice, ce soir du jeudi 11 avril, qualifié désormais de «Jeudi noir», tant il fut effroyable. Non que les débordements de ceux qu’il est convenu de nommer «hooligans» soient exceptionnels, ils seraient plutôt monnaie courante, mais parce que ceux-ci ont excédé le seuil du supportable, au point que beaucoup de mordus du football préfèrent maintenant, bien que cela leur en coûte, renier leur passion, plutôt que d’exposer leur vie aux périls. Cependant, force est de reconnaître que le ballon rond ne saurait être mis en cause puisqu’il n’y est pour rien dans les dérives de ceux qui, souvent, lui tournent le dos pour échanger des horions, se castagner à mort et s’adonner à l’incivisme, avec le sentiment d’impunité. Il est temps de nous interroger sur la violence de notre culture, au lieu de la nier, et sur les raisons pour lesquelles il est aussi difficile d’y remédier.