Ivre ? Pas ivre ? -1ere partie-

L’agent demande abruptement au conducteur : « Vous avez bu de l’alcool ? », ce que ce dernier nie farouchement. Mais le policier insiste : « Pas la peine de mentir, ça se sent à  votre haleine ! » M.S. explique que oui, la veille il a assisté à  un mariage, et consommé une ou deux boissons alcoolisées, mais qu’après une nuit de sommeil réparateur il est parfaitement lucide, il se rend à  son travail où on l’attend, et si quelques relents ou effluves d’alcool persistent, il n’y a rien de mal ni de tragique. Sauf que le policier n’est pas du genre accommodant.

L’on a souvent glosé sur les capacités de nos magistrats, ironisant sur leurs performances en matière judiciaire et nous interrogeant sur leurs motivations profondes. Il ne faut pas non plus oublier de rendre hommage à ceux qui remplissent consciencieusement leur mission et s’acquittent avec brio de leurs tâches. Le cas suivant en est une illustration.

M.S. est un honnête citoyen, cadre dans une entreprise, marié et père de deux enfants. Il donne entière satisfaction dans son travail, mène une vie sociale paisible, n’ayant bien évidemment aucun antécédent judiciaire… Inconnu des services de police, dirait-on tant sa vie est paisible. Toutes ces qualités ne l’empêchent pas d’être aussi un bon vivant, convivial, aimant s’amuser quand il peut, en famille ou entre amis, sortir manger au restaurant avec son épouse, voire passer une soirée festive de temps à autre.

Et justement, en ce week-end d’avril, un dimanche, il est convié au mariage de l’un de ses collègues de travail, auquel il se rend accompagné de sa femme. La soirée animée, conviviale, est aussi arrosée, et M.S. a pris quelques verres d’alcool. Puis, c’est le retour chez soi pour une nuit de repos avant la reprise du travail. Tôt le lendemain matin (lundi), alors qu’il se rend à son entreprise, il est arrêté sur la route pour un banal contrôle de police.

Immédiatement, l’un des agents demande abruptement au conducteur : «Vous avez bu de l’alcool ?», ce que ce dernier nie farouchement. Mais le policier insiste : «Pas la peine de mentir, ça se sent à votre haleine !» M.S. explique que oui, la veille il a assisté à un mariage, et consommé une ou deux boissons alcoolisées, mais qu’après une nuit de sommeil réparateur il est parfaitement lucide, il se rend à son travail où on l’attend, et que ma foi, si quelques relents ou effluves d’alcool persistent, il n’y a rien de mal ni de tragique.

Sauf que le policier n’est pas du genre accommodant….et que ça ne devait pas être jour de chance pour M.S. L’agent décide illico que M.S. est ivre sur la voie publique, qu’il conduit en état d’ébriété. Plus il proteste et tente de s’expliquer, plus le policier s’énerve et s’obstine à le qualifier d’ivrogne, de chauffard, d’irresponsable : le ton monte vite, et voilà l’infortuné embarqué au commissariat. La procédure est classique : on place l’intéressé en cellule de dégrisement le temps qu’il reprenne ses esprits (ça peut durer au moins trois heures au plus vingt-quatre), puis on l’interroge afin d’établir un PV. La conclusion de celui-ci est salée : on y apprend que l’individu a été arrêté en flagrant délit d’ivresse au volant, que ses propos étaient décousus, et qu’il a refusé d’obtempérer aux policiers, qu’il aurait de surcroît insultés ! M.S. refuse de signer, ce qui ne change rien à son cas : il est placé en garde à vue, en vue de sa présentation au parquet le lendemain matin ; il a juste l’autorisation de prévenir son épouse, qui se chargera d’avertir l’employeur… agréable perspective en l’occurrence !

Vingt-quatre heures donc après son «arrestation en flagrant délit», le voilà qui comparaît (mardi) devant un substitut du procureur du Roi. Ce dernier, à l’instar de tous ses collègues, n’a qu’une seule et unique conviction : les PV de police, rédigés par des agents assermentés, dans l’exercice de leurs fonctions, valent preuve irréfutable… à moins de prouver le contraire ; sachant que pour ce faire, et pour invalider un PV de police, la seule solution consiste à déposer plainte pour «faux et usage de faux»… Plainte qui sera instruite par d’autres policiers, lesquels en général confirment les dires de leurs confrères (un renvoi d’ascenseur ultérieur pouvant être assez probable en l’espèce !)
Kafka ne s’y retrouverait pas, tant ce genre de situation est ubuesque et compliqué. D’un côté des policiers assermentés qui affirment une chose ; de l’autre un citoyen normal qui prétend mordicus le contraire. Qui a raison, qui a tort ? Qui va trancher, et comment ? M.S. n’est pas sorti de l’auberge, et la suite, à l’avenant, prouvera bien qu’il ne fait pas bon être invité un dimanche soir ! (A suivre).