Israël ne doit pas nous prendre notre humanité

aux yeux du chef de l’Etat français, le drame qui se joue depuis plus de 60 ans en Palestine tient de «la querelle». Les enfants canardés comme des pigeons, ces familles entières ensevelies sous les ruines des maisons bombardées, cette souffrance à  l’état brut projetée en pleine figure tous les soirs à  l’heure du JT, ce ne serait rien d’autre qu’une histoire de «querelles» ?

Dimanche 20 juillet, 13e jour de l’offensive israélienne contre Gaza. Le pilonnage d’une des banlieues de la bande fait une centaine de victimes. Pendant ce temps, à Paris, a lieu la commémoration du 72e anniversaire du Vel’d’hiv. A cette occasion, François Hollande décore les Klarsfeld, chasseurs de têtes nazies. Et tient le propos suivant : «La République, dit-il, c’est la capacité de vivre ensemble, de regarder son histoire et, en même temps, d’être toujours prêts à défendre les valeurs démocratiques, de ne pas se laisser entraîner par des querelles qui sont trop loin d’ici pour être importées». Ainsi donc, aux yeux du chef de l’Etat français, le drame qui se joue depuis plus de 60 ans en Palestine tient de «la querelle». Les enfants canardés comme des pigeons, ces familles entières ensevelies sous les ruines des maisons bombardées, cette souffrance à l’état brut projetée en pleine figure tous les soirs à l’heure du JT, ce ne serait rien d’autre qu’une histoire de «querelles» ?
On laissera de côté l’indignation légitimement suscitée par pareille déclaration pour se pencher sur le déni de réalité ainsi exprimé au sommet de l’Etat français. Au moment où, une fois encore, Israël multiplie les crimes de guerre, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale est convoquée. Le 72e anniversaire du «Vel’d’hiv» tombant le 16 juillet, on ne peut certes faire reproche à l’Etat français de l’avoir commémoré. Ce jour de 1942 eut lieu la plus grande rafle de juifs en France. Pour avoir été le fait de policiers français, le «Vel’d’hiv» est resté une tache noire dans l’histoire de la République. Une tache qui participe de la mauvaise conscience française à l’égard des juifs. Etait-ce pour autant qu’un président de la République devait se faire autiste ? Au lieu d’inviter les dirigeants israéliens au respect des conventions internationales, François Hollande leur délivre un chèque en blanc le 14 Juillet, déclarant qu’«il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces». Et, quelques jours plus tard, minore le drame palestinien en parlant de «querelles». De son côté, le Premier ministre, Manuel Valls, met sur un pied d’égalité forces israéliennes et palestiniennes -«La population civile palestinienne, femmes, enfants, vit l’horreur. Je n’oublie pas la population israélienne qui vit dans la peur des tirs de roquettes»- et fait à son tour diversion en se focalisant sur la dénonciation de l’émergence en France d’«un nouvel antisémitisme», donnant latitude à l’ex-président du CRIF, Roger Cukierman, de pousser le ridicule jusqu’à affirmer que des «pogroms se répandent en région parisienne» ! Pendant ce temps, le massacre se poursuit à Gaza.
Maintenant, en France et ailleurs, la haine des juifs gagne-t-elle du terrain ? La réponse est oui. Le «vivre-ensemble» communautaire peut-il être affecté par ce qui se passe au Moyen-Orient ? La réponse est oui. Mais ce n’est pas la partialité des dirigeants français actuelle à l’égard d’Israël qui va contribuer à l’apaisement des tensions intercommunautaires dans l’Hexagone ! Hollande et Valls auraient tout à gagner à lire ce que, d’Israël même, le journaliste Gideon Levy écrit dans un article intitulé «Notre misérable Etat juif» (Haaretz, 6/7/2014). Extraits : «Les jeunes de l’État juif attaquent des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, exactement comme les jeunes chez les gentils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe». Ou encore : «Un État juif édicte des lois racistes et nationalistes. Les médias d’un État juif se complaisent sur le meurtre de trois étudiants de yeshiva et ignorent presque complètement le sort de plusieurs jeunes Palestiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, généralement sans raison». Enfin, en conclusion ; «L’État juif, qu’Israël veut absolument faire reconnaître par les Palestiniens, doit d’abord se reconnaître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine terrible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, nationaliste, conçu uniquement pour les Juifs». La lucidité et le courage, c’est sur la scène même du crime qu’ils s’expriment.
Le conflit israélo-palestinien nous tue. S’il tue les Palestiniens physiquement, il nous tue, nous autres Arabo-musulmans, psychiquement par la haine de l’autre qu’il peut nourrir en certains d’entre nous. Il fait de nos jeunes la proie des extrémismes de tous bords, les rendant incapables de discernement. Les images en provenance de Palestine sont terribles, insupportables. Pourtant il faut résister. Résister à la haine, résister à l’amalgame. Etre de confession juive ne rend pas responsable des crimes commis par les dirigeants israéliens. Des juifs de par le monde, et en Israël même, les dénoncent et militent pour la fin de la colonisation et la constitution d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967. Alors que le sang coule en Palestine, il est important de le rappeler. Israël a pris aux Palestiniens leur terre. Il ne doit pas nous prendre notre humanité.