Israël au ban des nations

L’Etat hébreu a conféré à  la cause palestinienne une portée internationale d’une dimension nouvelle. Pour la Palestine, du sang étranger, autre qu’arabe, a coulé. Des hommes, qui ne sont pas des Palestiniens, ont perdu la vie pour elle. Ce n’est certes pas la première fois. En 2005, une jeune pacifiste américaine mourrait, écrasée par un bulldozer israélien alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction d’une maison palestinienne. Elle s’appelait Rachel Corrie, d’où le nom porté par le bateau affrété par les pacifistes irlandais et malais.

Après la Flottille de la liberté , le Rachel Corrie a battu pavillon sous l’étendard «Free Gaza». Après les quelque sept cents pacifistes internationaux embarqués sur le Mavi Marmara et les cinq autres bateaux du premier convoi, une dizaine d’Irlandais -parmi lesquels Mairead Maguire, Prix Nobel de la paix 1977- et de Malaisiens ont tenté à leur tour de briser le blocus israélien de Gaza. Mais comme leurs prédécesseurs, ils n’ont pas réussi à atteindre la ville assiégée. Alors qu’ils en étaient à bonne distance encore, il leur a fallu se soumettre aux injonctions israéliennes. Leur navire dérouté vers le port d’Ashdod, ils se faisaient expulser d’Israël sitôt le pied à terre.

C’était, il y a deux semaines. Cinq jours plus tôt, Israël tirait sur les passagers du Mavi Marmara, tuant onze personnes et blessant plusieurs dizaines d’autres. Cet acte est plus que le crime qui a soulevé l’indignation de l’ensemble de la communauté internationale. Il est une faute politique majeure de la part d’un Etat devenu autiste au point de perdre jusqu’au sens de son propre intérêt. L’attaque du Mavi Marmara place Israël là où, malgré leur violence et leur férocité, aucune de ses nombreuses et sanglantes expéditions contre les Palestiniens ne l’avait jamais complètement mis au ban des nations. L’Etat hébreu connaît pour la première fois un isolement sur la scène internationale dont même ses plus fidèles peinent à le tirer. Par son acte de piraterie, il a en effet ouvertement bafoué un symbole universel et ancestral du code des hommes : le drapeau blanc de qui s’avance sans armes. Et cela, personne ne peut le tolérer.

En même temps qu’il s’est délégitimé, l’Etat hébreu a conféré à la cause palestinienne une portée internationale d’une dimension nouvelle. Pour la Palestine, du sang étranger, autre qu’arabe, a coulé. Des hommes, qui ne sont pas des Palestiniens, ont perdu la vie pour elle. Ce n’est certes pas la première fois. En 2005, une jeune pacifiste américaine mourrait, écrasée par un bulldozer israélien alors qu’elle tentait d’empêcher la destruction d’une maison palestinienne. Elle s’appelait Rachel Corrie, d’où le nom porté par le bateau affrété par les pacifistes irlandais et malais. Mais comme il s’agissait d’un cas individuel, Israël eut beau jeu de parler d’«accident» et l’affaire, malgré l’émoi qu’elle provoqua dans la communauté des internationaux pro-palestiniens, fut classée sans suite. On est dans un tout autre cas de figure avec la «Flottille de la liberté», une action humanitaire d’une ampleur internationale sans précédent de par la participation de ressortissants et d’ONG de plusieurs dizaines de nationalités. Tout laisse à penser qu’il y aura un avant et un après «Flottille de la liberté». En tirant sur celle-ci, Israël a franchi le pas ; ce qu’il n’a pas fait en 2002, lors du siège de la Mouqataa(*). Au grand dam de tous les Israéliens dotés de bon sens, le gouvernement d’extrême droite en place a opté pour l’option du pire. Du coup, le quotidien israélien Ha’aretz n’hésite pas à affirmer que «la plus grave menace (qui pèse sur Israël) se nomme Nétanyahou(**)». Il évoque sans détour «l’abîme dans lequel est en train de sombrer comme jamais le statut international d’Israël, qui se trouve désormais au seuil de la délégitimation». Selon un sondage diffusé récemment par la BBC, Israël se range parmi les nations dont la cote de popularité est la plus basse, juste avant l’Iran, le Pakistan et la Corée du Nord. Dans chaque pays dont des ressortissants étaient sur les bateaux, les témoignages de ces derniers sont venus renforcer au sein des opinions publiques l’émotion générale provoquée par l’attaque israélienne. Il en est aussi, par exemple, de ce célèbre auteur de polars suédois,  Henning Mankell, qui, après avoir relaté avec des mots forts et précis le calvaire vécu, a déclaré envisager de faire cesser la traduction en hébreu de ses œuvres. Depuis quelques jours, on assiste en Europe à un mouvement inédit de boycott d’Israël sur le plan culturel. C’est dire l’ampleur de l’émoi provoqué par cette action commando contre des pacifistes. Reste à savoir si les Palestiniens sauront tirer la leçon de ces événements qui, pour tragiques qu’ils aient été, montrent la portée formidable qui peut être celle d’un mouvement de résistance non violent. Il faut l’espérer.

* Quarante internationaux avaient alors servi de bouclier humain à Yasser Arafat dont on craignait pour la vie. Finalement, Sharon s’était abstenu de donner l’assaut redouté et le Président palestinien put y réchapper cette fois là encore.
** Ha’aretz, Tel Aviv, Courrier International N° 1023.